Centre de physiothérapie et d’orthopédie de l’armée belge Histoire, organisation et fonctionnement Par le Dr L. WILMAERS

Centre de physiothérapie et d’orthopédie de l’armée belge

Histoire, organisation et fonctionnement

Par le Dr L. WILMAERS

Médecin Principal de 1e classe

Directeur de l’Hôpital Militaire de Woluwé

EXTRAIT DES ARCHIVES MEDICALES BELGES

Décembre 1919.

L’Hôpital Militaire Belge de Bonsecours inauguré le 2 juin 1916, a été érigé à 2 kilomètres au Sud-est de Rouen, au sommet de la colline Blosseville – Bonsecours, sur le plateau des Aigles, à une altitude de 140 mètres, d’où l’on découvre le magnifique panorama de Rouen, et de la vallée environnante de la seine que l’on domine presque à pic. La superficie totale occupée par l’hôpital était d’environ 10 hectares. L’air pur et vif contribuait largement à rendre cette formation particulièrement salubre.

Lors de l’inauguration, l’hôpital occupait 69 pavillons d’un type uniforme, constitué par les lazarets de campagne du service technique du Génie Belge, semblables à ceux que nous venons d’installer à Woluwe, et avait une capacité hospitalière de 1150 lits. Ultérieurement par suite de l’affluence des blessés, de nouveaux lazarets furent élevés ainsi que 11 grandes constructions en dur, et la capacité hospitalière fut portée à 1600 lits en régime ordinaire et à 1800 en régime serré. De plus, les ateliers de mécano, d’électrothérapie et de prothèse furent installés dans les locaux dits « dépôt des tramways » situés sur la route de Paris, dans le voisinage de l’hôpital.

L’hôpital de bon secours constituait une agglomération bien importante. A côté des 44 pavillons d’hospitalisation de 28 mètres de longueur, formant un premier groupe à droite et à gauche d’une allée centrale, entrecoupé de jardin de 17 mètres de largeur, et d’un second groupe de 3 lignes parallèles, perpendiculaires au premier, se trouvaient les pavillons réservés aux traitements physiothérapiques et aux salles d’opérations et de pansements, réunis à l’entrée et à droite de cette allée centrale. La rééducation par le travail dont les locaux furent élevés en dehors de l’hôpital près de l’entrée, se trouvait dans le voisinage de la plaine des sports.

Les réfectoires au nombre de cinq formaient une ceinture au nord-est des lazarets hospitaliers, entre ceux-ci et les cuisines. Les logements du personnel subalterne occupaient la lisière du sud-ouest de l’hôpital. Les logements des officiers, des médecins gymnastes, des infirmières, les différents mess et services généraux se trouvaient réunis à droite et à gauche de l’allée d’entrée, et à la périphérie nord-est de la formation.

Je n’énumèrerai pas tous ces services communs à tous les hôpitaux, mais qui dans notre formation de Bonsecours avaient nécessairement une importance considérable pour satisfaire aux nécessités d’une population dont le chiffre a dépassé plus d’une fois 2000 hommes notamment lors des dernières offensives.

Tout l’établissement était éclairé, soit au moyen du courant fourni par la Société des Tramways de Rouen, soit par un groupe électrogène de secours. Une distribution d’eau potable de bonne qualité était assurée par un château d’eau et quatre citernes de 15 m³ chacune, alimentées par les pompes du funiculaire de Bonsecours nous fournissant l’eau de la distribution urbaine.

Un système d’égouts recevaient les eaux usagées et les déversaient dans les égouts urbains. Deux fours à incinérer brûlaient tous les déchets de l’hôpital y compris les matières alvines recueillies dans des seaux hygiéniques et recouvertes de sciure de bois.

Un service complet d’incendie avec deux autopompes nous donnait la plus grande sécurité possible dans un hôpital en baraquements où une catastrophe par le feu était toujours à craindre.

L’hôpital de Bonsecours qui, dans les projets primitifs, devait être exclusivement un vaste institut de physiothérapie avec service chirurgicaux et ateliers de prothèse et d’orthopédie, sur lequel seraient évacués les blessés des hôpitaux militaires du front pouvant bénéficier des bienfaits des différentes modalités de la physiothérapie ou ayant besoin d’être appareillés, devint de plus forcément par sa situation au milieu des organismes relevant de l’I.G.A. et des formations de l’arrière, un centre important de chirurgie générale et spéciale et de mise en observation pour les miliciens, les réformés rappelés soumis à révision, les proposés pour la pension, etc.

Je ne puis dans cet article que m’arrêter un instant à l’organisation et au fonctionnement des services spéciaux caractéristique à la formation, ceux-ci se trouvant d’ailleurs réunis, mais nécessairement un peu réduits, à Woluwe.

Sections hospitalières : Au point de vue hospitalisation, l’hôpital de Bonsecours était divisé en cinq sections de 300 à 350 lits environ. Deux d’entre elles étaient spécialement affectées au service de la chirurgie, les autres logeaient indifféremment les blessés du ressort exclusif de la physiothérapie, groupant autant que possible dans des pavillons distincts les amputés, les lésions nerveuses, articulaires, osseuses, cicatricielles, etc. Indépendamment d’une infirmerie centrale d’hôpital où étaient soignés les malades de l’établissement et de la garnison qui ne pouvaient être évacués sur un hôpital voisin spécialement réservé aux fiévreux, il existait des infirmerie de section où étaient groupés les hommes de la section devant rester alités ou faire l’objet d’une observation particulièrement attentive. Enfin des pavillons spéciaux, dépendant administrativement de l’une ou de l’autre section, étaient réservés, deux ou trois suivant les nécessités du moment, aux officiers, un aux vénériens dont l’évacuation momentanée présentait trop d’inconvénients pour la cure physiothérapique entreprise, et un aux contagieux toujours à prévoir dans une population aussi dense que celle de Bonsecours.

Le pavillon des contagieux, subdivisé lui-même en six logements distincts, permettait de séparer et de grouper les différentes affections contagieuses : grippe, fièvre typhoïde, méningite cérébro-spinale, scarlatine, etc.

A la tête de chacune de ces sections se trouvait un médecin chef de service avec un personnel distinct et qui était responsable vis-à-vis de la Direction de la bonne marche de tous les services.

Des infirmières de nationalité anglaise, dont je ne pourrais assez faire l’éloge, 30 à 40 en moyenne et dont le nombre atteignit 56 à la période des dernières offensives, pendant laquelle nos sections de chirurgie ont dû être doublées, comptant, à un moment donné, jusqu’à 40 pavillons de grands blessés alités, sous la direction d’une matrone Miss Thompson, ont desservi les formations de Rouen et de Bonsecours, depuis la création de l’Anglo-Belge jusqu’au 30 mai 1919. Ces dames étaient affectées exclusivement aux pavillons de chirurgie, aux salles d’opérations et de pansements et à quelques services de physiothérapie.

Nous nous plaisons à rendre un hommage au dévouement et au zèle de ce personnel volontaire qui, malgré la longue durée de la guerre, n’a cessé de nous prêter une collaboration des plus précieuses et au dessus de tout éloge. La réputation des nurses anglaises n’est plus à faire. Nous les avons vues à l’œuvre et nous ne pouvons que confirmer leurs grandes qualités professionnelles, leur esprit de discipline et l’heureuse influence qu’elles ont exercées sur les blessés qui leur étaient confiés tant par la valeur de leurs soins que par la générosité de leurs sentiments.

Aux nurses anglaises rappelées par la Croix Rouge de leur pays, à la fin des hostilités, ont succédé les infirmières belges. Elles n’étaient plus novices. La plupart d’entre elles, que nous avons encore la bonne fortune de conserver parmi nous, avaient une expérience de quatre ans de guerre passés dans nos diverses formations sanitaires du front et de l’arrière. L’on ne saura jamais les immenses services que nos infirmières belges ont rendus à nos blessés : il faut avoir vécu avec elles ; les avoir vues à l’œuvre pour connaître la somme de dévouement dont elles ont fait preuve, les fatigues et les privations qu’elles ont endurées. Et comme elles savent gâter nos blessés. Quel rayon de joie, quel réconfort, elles apportent dans nos salles. Avec quelle douceur et quelle patience elles renouvellent les pansements ! Avec quelle générosité de cœur elles relèvent le moral si bien trempé cependant de nos braves, mais abattu parfois par les souffrances. Les infirmières belges ont été les anges de charité dans nos hôpitaux ? Nous ne pourrons jamais leur témoigner assez de reconnaissance ou leur exprimer suffisamment toute notre admiration pour leur œuvre si hautement humanitaire.

Services spéciaux : Les services spéciaux comprenaient l’institut de physiothérapie proprement dit, les services de chirurgie, les ateliers de prothèse et d’orthopédie auxquels étaient annexés ceux de la mécanothérapie et de l’électrothérapie, les services d’ophtalmologie, d’oto-rhino-laryngologie, de stomatologie et le laboratoire des recherches cliniques.

A) L’institut physiothérapique proprement dit, comportait différentes sections :

1° La gymnastique médicale. – Cette partie importante de la physiothérapie a pour but de réaliser pratiquement et médicalement, sans avoir recours à des appareils mécaniques, certains mouvements bien définis, appliqués avec discernement et méthode aux organes moteurs insuffisants. Elle comprend : le massage, la kinésithérapie manuelle, la rééducation motrice individuelle et collective, les mensurations de contrôle. Ce service a sous sa dépendance la gymnastique pédagogique, les jeux et les sports.

Cette gymnastique est une spécialité extrêmement délicate et elle exige, pour donner de bons résultats, le concours d’un personnel médical d’élite nombreux, possédant l’instruction et la compétence désirables si l’on veut éviter des accidents et des déboires. Ces conditions ont été réalisées à Bonsecours par le concours de douze médecins gymnastes diplômées de l’Institut Central et Royal de Stockholm sous les directions successives de Miss Loveday et de Miss Alund. Ces dames dont plusieurs nous ont accompagnés à Woluwe et nous continuent leur service, ont droit aussi à toute notre reconnaissance ;

La section de gymnastique médicale disposait d’un pavillon bien aménagé et d’un matériel presque entièrement construit dans les ateliers de l’hôpital : plints bas, hauts ; tables de massages, tabourets, bommes, cadres, espaliers, tracé de rééducation de la marche de Franckel, escaliers etc, instruments de mensuration, toise bascule, chaise à vis pour scoliose, dynamomètre goniomètre, etc.

250 sujets environ passaient journellement en traitement pour 4 à 500 malades traités dans ce service au courant d’un mois, avec 5 à 6000 séances ou même d’avantage, chaque séance durant une moyenne de 20 minutes. Et dans ces chiffres ne sont pas comprises les séances de rééducation motrice individuelle, c’est-à-dire de réadaptation des muscles, des segments, voire même d’appareils entiers à leur fonctionnement normal pour l’exécution de mouvements actifs bien déterminés et incités par le gymnaste ou des installations telles que les cadres, les tracés de Franckel, les escaliers etc. Cette rééducation motrice individuelle est étroitement liée à la gymnastique médicale dont elle est le complément.

A côté de la rééducation motrice individuelle, il existait un cours de rééducation motrice collective, qui est la base du traitement des amputés appareillés et en général de tous les mutilés appareillés. Ce cours est complété par des promenades d’entraînement et se terminaient par les jeux et les sports et spécialement le football très goûté de nos amputés.

La rééducation motrice dans beaucoup de cas sert de transition à la gymnastique pédagogique.

La gymnastique pédagogique était appliquée à tous nos blessés qui étaient en état de la pratiquer. Ceux-ci répartis en catégories dont les impotences fonctionnelles semblables permettaient de les grouper en cours : blessés des membres inférieurs, des membres supérieurs, des membres amputés, etc.

Deux salles étaient réservées à la gymnastique pédagogique, dont l’une était spécialement construite et aménagée pour les exercices. Des moniteurs, professeurs de gymnastique, étaient spécialement chargés de ces cours.

Enfin une plaine de jeux avec portique, où ce trouvaient différents engins, était aménagée dans un terrain voisin de l’entrée de l’hôpital. Par les beaux temps la rééducation collective se donnait en plein air. Elle était complétée par les jeux organisés et les sports.

2° La mécanothérapie était établie dans un vaste local dans lequel se trouvaient installés 86 appareils pour la plupart du type de Schwartz Rossel, tous construits dans nos ateliers.

Ces appareils qui ont rendus beaucoup de services permettent de pratiquer dans maintes circonstances et sans inconvénients, un traitement collectif de plusieurs blessés simultanément à divers appareils sous la surveillance d’un même moniteur.

Ce service placé sous la direction du Dr De Watripont, possédait six moniteurs et recevait journellement trois cents blessés environ.

3° La mobilisation pneumatique est une méthode absolument originale de Bonsecours. Elle a été inspirée par les appareils de massage pneumatique de Bergonie, imaginée par Miss LOveday et par le Dr Stouffs et réalisée aussi dans nos ateliers. Cette méthode tend à accroître par une succession rapide de petits efforts produits par l’emploi de pochettes pneumatiques comme organes moteurs, l’angle soit de flexion, soit d’extension de l’articulation ankylosée.

Cette méthode de mobilisation est particulièrement douce et bien supportée par les blessés. Elle est moins brutale que la mobilisation mécanique classique par les appareils ordinaires Zander, Schwartz Rossel, et précède généralement cette dernière.

4° Electrothérapie, Aérothermothérapie, radiographie : Les installations de l’électrothérapie se sont complétées progressivement sous l’impulsion de son chef de service, le Dr Stouffs. Plusieurs appareils sont absolument originaux. La description de cette section m’entraînerait dans des longueurs qui ne doivent pas trouver place dans ce travail. Qu’il me suffise de dire que ces installations occupaient avec l’aérothermothérapie et les installations de radiographie tout un pavillon de 28 mètres de longueur. Les courants de toute nature étaient utilisés en de nombreux postes ; des boites de chauffe à l’électricité pour les membres inférieurs, supérieurs, pour l’épaule, y étaient installées, nombreuses. Plus de 300 blessés passaient aussi journellement par ce service.

Une installation radiographique parfaite complétait cette section.

5°L’hydrothérapie comprenait une salle d’affusion avec 14 cabines, une salle de douches avec les différentes espèces de douches : dorsale, verticale, en jet et en pluie, en cercle, etc. et une salle de bains d’eau courante comprenant des appareils pour bras, jambes et membres inférieurs dans son ensemble.

6° L’héliothérapie ne doit pas nous arrêter. Je la mentionne comme moyen de traitement bien connu mais qui a été d’application plutôt rare à Rouen.

7° La rééducation fonctionnelle par le travail constitue au même titre un adjuvant précieux des autres modes de traitement dans une installation de physiothérapie. A l’hôpital de Bonsecours, elle était au début limitée à des travaux élémentaires de déchirage, découpage, pliage et collage du papier et du carton ; de confection d’objets en carton (boîtes, cartonnages de livres, etc.) ; de tissage et de tressage de la paille, du raphia ; et enfin du modelage de la terre glaise. Dans ces conditions, elle ne s’adressait qu’à la rééducation, très fréquente d’ailleurs, des blessés de la main. Il existait cependant à l’hôpital « L’œuvre du Travail » créée par Madame Hamers, femme de notre consul à Rouen, où nos blessés se livraient à des travaux divers de vannerie, maroquinerie, menuiserie, etc, mais ces travaux n’étaient point portés à la hauteur d’un traitement et avaient plus pour but la production que la rééducation fonctionnelle. Des impossibilités matérielles ont retardé l’installation de ce service reconnu cependant comme complément nécessaire des autres installations physiothérapiques. Et ce ne fut qu’au printemps 1918 que fut inauguré un véritable service de rééducation fonctionnelle par le travail. Le Dr Dam l’installa et le dirigea les premières semaines. Le Dr Petit qui lui était adjoint lui succéda comme chef de service.Ce service comprend :

a) un laboratoire d’études où se trouvent réunis les différents appareils d’Amar : trottoir dynamo graphique, chirographe, cycle ergométrique, psychographie, etc., permettant de pratiquer des exercices de rééducation, de suivre les progrès obtenus, de contrôler les appareils orthopédiques et de prothèse, de déterminer dans certains cas difficiles les degrés d’incapacité ;

b) Une section de petits travaux, (cartonnage, pliage, modelage) ;

c) Une section de vannerie ;

d) Une section de menuiserie ;

e) Une section de travaux de jardinage.

Les travaux dirigés par le Médecin étaient surveillés par des moniteurs qui devaient s’assurer que les blessés exécutaient leur tâche selon les prescriptions médicales.

Le travail est uniquement envisagé au point de vue thérapeutique et n’utilise à cet effet que les gestes ouvriers capables de mettre en jeu les muscles et les articulations lésées.

La rééducation fonctionnelle par le travail n’a rien de commun avec la rééducation professionnelle.

Dans la première, il s’agit de récupérer pour les membres lésés le maximum de fonction, sans tenir compte de la profession du sujet. Dans la seconde, il s’agit d’utiliser la capacité restante de l’infirme pour la rééducation dans son ancien métier ou lui apprendre un nouveau métier en rapport avec les lésions consolidées.

Un ankylosé du coude travaillera du coude à la rééducation fonctionnelle par le travail ; il utilisera les suppléances musculaires et articulaires à la rééducation professionnelle.

B) Le service de chirurgie qui eut longtemps pour chef de service le Médecin de Régiment Waffelaert, et durant quelques mois le Dr Guffens et le Dr Lagasse actuellement encore titulaire de ce service à Woluwe, disposait de 2 salles d’opérations, d’une vaste salle de pansements et de tout le matériel chirurgical et de stérilisation nécessaire.

Un service de chirurgie est indispensable dans un centre de physiothérapie et d’appareillage. Les indications opératoires secondaires sont nombreuses.

Il faut souvent procéder dans la limite du possible à la restauration anatomique avant ou au cours de la restauration fonctionnelle, suturer des nerfs coupés, libérer des nerfs enclavés, pratiquer des ostéosynthèses, des greffes osseuses, consolider des articulations ballantes, lever les obstacles cicatriciels, les adhérences tendineuses etc. qui s’opposent à l’exécution des mouvements, réfectionner des moignons et les rendre propres à leur bon appareillage, etc. En fait le service de chirurgie a été d’une très grande activité à l’hôpital de Bonsecours.

C) Ateliers de prothèse orthopédique, de mécano et d’électrothérapie.

Comme nous l’avons vu au début, l’Anglo – Belge inauguré le 23 décembre 1914 prit une extension si rapide qu’ayant acquis bientôt dans les locaux de l’Ecole Professionnelle de Rouen, son maximum de capacité hospitalière portée à 350 lits, force fut de créer dès avril 1915, une annexe de 275 lits à Orival et une seconde de 350 lits à St Aubin. Aussi la nécessité de posséder un matériel physiothérapique de plus en plus important pour assurer judicieusement les nombreux traitements et de pouvoir, par la prothèse et l’orthopédie, prévenir ou corriger chez nos nombreux blessés certaines habitudes pathologiques des membres susceptibles de devenir définitives malgré les secours de la physiothérapie ou doter nos mutilés d’appareils capables de suppléer à leurs diverses impotences, imposa l’obligation de créer de toutes pièces des ateliers fabriquant les appareils nécessaires de traitements et de prothèse orthopédique.

Dans la tourmente de la guerre, où toute l’activité de nos alliés était employée aux besoins des armées de campagne, il ne fallait point songer à s’adresser à l’industrie privée. C’est dans ces conditions que furent créés en février 1915 les Ateliers de Mécanothérapie, d’Electrothérapie, et de Prothèse du Service de Santé Belge à Rouen. Installés d’abord dans les ateliers de l’Ecole Professionnelle de la rue St Lô, où était l’Anglo – Belge, ils furent transférés, lors de la création de l’H.M. de Bonsecours, dans les bâtiments dit « Dépôts des Tramways de Bonsecours » route de Paris dans le voisinage même de l’hôpital.

La création des ateliers de mécano et d’électrothérapie fut due à l’initiative du Médecin de Régiment Waffelaert. Devant les difficultés à se procurer dans le commerce les appareils nécessaires, cet officier du Service de Santé eut l’ingénieuse idée de les faire fabriquer par les mutilés eux-mêmes et d’après ses indications. Son œuvre a été poursuivie et complétée en ce qui concerne la mécanothérapie par le Médecin de Régiment de Marneffe et en ce qui concerne l’électrothérapie par le Médecin de Bataillon Stouffs. Tous trois ont été admirablement secondés par nos mutilés, parmi lesquels nous nous faisons un devoir de citer les sergents Favart et Maseau (ce dernier devenu notre chef actuel des ateliers) qui ont construit les premiers appareils de mécanothérapie ; le 1e sergent Deleu qui par sa grande ingéniosité a largement contribué à la mise au point de nos appareils absolument originaux de mobilisation pneumatique et le soldat Martinot dont les connaissances en constructions d’appareils électriques ont été d’un précieux concours.

La production des Ateliers de Mécano et d’Electrothérapie a été notable. Non seulement ces ateliers n’ont cessé de fabriquer et de déverser dans nos différents services de physiothérapie tout le matériel que ceux-ci utilisent, mais ils ont encore fourni de nombreux appareils aux hôpitaux militaires belges de Cabour, Beveren s/Yser, de Mortain, de Juaye-Mondaye et aux I.M.I.O. de Port Villez et du Havre.

L’atelier de prothèse orthopédique (fabrication des membres artificiels et des appareils orthopédiques) est l’œuvre entière du Médecin de Bataillon Georges Hendrix. Spécialisé déjà avant la guerre dans les questions d’orthopédie, cet officier du Service de Santé se consacra d’abord à établir des bases scientifiques pour l’étude d’appareils rationnels et réellement pratiques, étayant ses travaux sur son expérience qui l’a souvent inspiré. Secondé, lui aussi par des mutilés de la guerre, dont la collaboration lui fut particulièrement précieuse et parmi lesquels nous citons encore avec un sentiment de fierté les sergents Favart, Mascau, Bietlot, Raemaekers, Keuwet et Goedesmet, ouvriers de la première heure, aussi ingénieux qu’habiles, dont les noms son plus spécialement et étroitement liés à certains appareils, ou certains perfectionnements dans l’art de la prothèse, et l’adjudant Ghins, Ingénieur Chef d’Atelier qui mit ses connaissances d’élève de l’Université de Liège, à perfectionner la question purement technique dans nos ateliers, il ne tarda pas à faire passer au premier rang le service de l’orthopédie belge, parmi tous les services similaires de nos alliés.

A côté de ces noms de travailleurs qui ont porté si haut la réputation des Ateliers Belges d’Orthopédie, nous tenons à rendre hommage dans un sentiment de profonde reconnaissance à Madame Hamers, épouse du Consul Belge à Rouen, dont l’infatigable dévouement a permis de recueillir les fonds nécessaires à l’achat de toutes les matières premières et à la fabrication des membres artificiels et des appareils de prothèse livrés à nos blessés depuis la création des Ateliers jusqu’au 23 juillet 1917, date à laquelle la gestion financière des Ateliers a été reprise par l’Etat Belge.

Nos ateliers de mécano électrothérapie et d’orthopédie sont subdivisés en 3 sections principales : mécanique et ajustage, modelage, sellerie et cordonnerie. Ils comportaient au début un outillage prêté par la ville de Rouen, mais que l’Etat a remplacé et complété par des machines qui restent sa propriété et qui ont permis le transfert des ateliers à Woluwe pour continuer ici l’œuvre que rendront si nécessaire nos nombreux mutilés, dont l’Etat doit assurer l’appareillage leur vie durant. Nos ateliers à Bonsecours occupaient une moyenne de 100 à 120 ouvriers mécaniciens, ajusteurs, modeleurs en bois, charpentiers, sabotiers, cordonniers, etc, tous recrutés parmi des soldats blessés reconnus inaptes au service de campagne. Ces ouvriers n’étaient pas des ouvriers spécialisés avant la guerre ; ils ont été formés depuis cette époque à l’art de la prothèse dans les ateliers de l’hôpital. Parmi eux beaucoup ont acquis des connaissances qui leur permettent de prendre rand parmi les ouvriers spécialisés les plus capables. Et c’était là faire œuvre utile pour l’avenir, car avant la guerre nous étions tributaires de l’étranger et plus spécialement de l’Allemagne pour la prothèse orthopédique.

Et actuellement, c’est encore parmi nos anciens soldats, nos mutilés démobilisés que nous recrutons les meilleurs éléments des ateliers.

Le Dr Hendrix a toujours visé à fabriquer des appareils scientifiques robustes, utiles, simples et perfectionnés en s’inspirant du type américain reconnu le meilleur.

Il a fait œuvre à la fois d’étude et de production. Aussi les membres artificiels confectionnés sous l’autorité du Service de Santé Belge ont toujours été parmi les plus perfectionnés, au point que la Croix Rouge Américaine, reconnaissant notre avance dans la fabrication des membres artificiels, a mis en 1918 à notre disposition un large subside pour les recherches à effectuer dans le but de perfectionner encore les procédés de fabrication et d’entreprendre à ses frais l’appareillage d’un certain nombre d’amputés français.

Nos ateliers fabriquent actuellement :

1° 19 types de prothèse orthopédique des membres inférieurs, s’appliquant aux cas d’amputations courantes et à divers cas dans lesquels les moignons d’amputation sortent des conditions ordinaires.

2° Pour les membres supérieurs, des bras de travail avec outils terminaux, variables au choix des intéressés.

3° Toute une série d’appareils orthopédiques indispensables, tels que guêtres en cuir moulé simples ou articulées pour fracture non consolidée, articulation ballante, etc. ; appareils à ressort releveur du pied dans les lésions si fréquentes du sciatique poplité externe, divers appareils comme soutiens ou releveurs des doigts ou de la main dans les paralysies du nerf radial, bottines et corsets orthopédiques etc, etc.

Dès leur arrivée à l’hôpital, et en cas de nécessité, les blessés sont munis des appareils qui leur conviennent pendant la durée de leur traitement, appareils modifiés dans la suite suivant les circonstances ; en cas d’impotence confirmée ils emportent à leur sortie l’appareil adapté à la lésion définitive.

Les amputés du membre supérieur reçoivent en plus du bras de travail un bras de luxe avec main et doigts articulés : le bras « Carnes » fourni par l’industrie privée à défaut d’un membre du genre non encore mis au point dans nos ateliers.

Les amputés du membre inférieur qui ont été soumis à la rééducation motrice et entraînés à la marche au moyen de pilons provisoires heureusement introduits et vulgarisés en Belgique par le Dr Martin de « l’Océan », dont la colonne prothèse se renouvelle aussi souvent que les changements du moignon l’exigent, sont tous munis dans la suite d’appareils de prothèse définitifs et emportent avec eux un membre artificiel perfectionné et un appareil de rechange : membre artificiel ou pilon articulé Mascau.

La production des ateliers a été sans cesse progressive, plus de 4000 mutilés ont été appareillés par nos services à Bonsecours, et plus de 6000 membres artificiels et appareils orthopédiques ont été livrés et entretenus.

Une comptabilité industrielle minutieuse établit exactement le prix de revient de chaque appareil et de chaque réparation, en comptant non seulement la matière première employée et le salaire des ouvriers, mais encore en répartissant tous les frais généraux indistinctement, y compris l’amortissement de l’outillage au prorata des heures de travail nécessitées par la fabrication ou la réparation de chaque commande.

D) Pour être complet, j’ajouterai que l’hôpital de Bonsecours était doté des services spéciaux d’ophtalmologie, d’oto-rhino-laryngologie, de stomatologie et de laboratoires de recherches cliniques.

Je ne crois pas devoir m’étendre sur ces services indispensable dans une grande formation, mais un peu secondaires dans un centre de physiothérapie.

Je tiens cependant à faire une mention spéciale pour le service d’oto-rhino-laryngologie, ayant à sa tête le Dr Sterckmans ; car dans ce service, qui est particulièrement bien outillé, on y pratiquait non seulement tous les examens et toutes les interventions de la spécialité mais encore, depuis le 1e février 1918, la rééducation auditive.

L’organisation d’un service de la biologie (lecture sur les lèvres pour les sourds totaux) avait été décidée lorsque l’armistice vint suspendre ce projet qui sera réalisé à Woluwe.

De toutes les nations alliées le Service de Santé Belge fut le premier à appliquer les méthodes anacousiques au traitement des surdités acquises durant la guerre.

Mode de fonctionnement en général. – Il n’est peut-être pas sans intérêt d’exposer sommairement la façon dont les divers traitements étaient assurés aux blessés dans une formation de l’importance de Bonsecours dont le mouvement des entrées et des sorties était si considérable.

A leur arrivée les entrants étaient hospitalisés provisoirement dans un pavillon qui leur était réservé et où le médecin de garde leur donnait éventuellement les premiers soins.

Le lendemain matin ils étaient soumis à une visite sommaire et répartis suivant leurs affections et suivant les disponibilités dans les différents pavillons des sections.

Il était établi sur une liste des entrants dressée au Bureau de la Direction, le n° du pavillon où chacun d’eux devait être pris en force et s’il y avait lieu une mention spéciale concernant certains blessés et relative à leur traitement, aux renseignements à fournir, etc. Cette liste était communiquée à chaque chef de section et à tous les chefs de services spéciaux de physiothérapie et autres.

Le plus rapidement possible, chaque blessé était convoqué dans les différents services pour y être soumis à un examen complet ayant pour but de faire un diagnostic précis. Deux fois par semaine, les blessés entrés pendant les jours intercalaires étaient convoqués devant les différents chefs de services réunis et il était dressé une carte de traitement dont l’intéressé restait toujours porteur et sur laquelle étaient indiqués les jours et heures des traitements auxquels il devait être soumis.

Tous les jours cette carte était pointée dans chaque service pour permettre de contrôler l’assiduité du blessé aux divers traitements. Il était en outre dressé une carte spéciale pour les différents modes de traitement : intervention chirurgicale, électrothérapie, mécanothérapie, etc. cartes qui restaient au service.

Dans chaque section hospitalière, le médecin centralisait les renseignements cliniques pour les malades qu’il administrait et à cet effet il établissait une feuille clinique pour chacun où il devait consigner ses observations.

Il soumettait périodiquement à la consultation des médecins chefs de service spéciaux les blessés dont le traitement pouvait devoir être modifié ou qui étaient susceptibles d’une intervention chirurgicale ou d’appareillage.

Les blessés proposés pour la sortie étaient présentés à la Direction par les Médecins chefs de section qui fournissaient tous les renseignements utiles et qui avaient au préalable recueilli l’avis des différents chefs de services spéciaux. Et une décision était prise à leur égard.

Ainsi était assurée la collaboration intime si nécessaire entre les différents services.

Service de la gestion : L’Anglo – Belge fonctionna sous une administration anglaise jusqu’au mois de décembre 1915, et c’est à partir du 15 de ce dernier mois que fut inaugurée une gestion belge dont les charges se sont accrues chaque jour en raison de l’importance progressive de la formation.

Bonsecours fut sans contredit un des établissements les plus importants de notre armée et a nécessité des services de gestion devant faire face à des difficultés nombreuses et exigeant une organisation sur laquelle il serait particulièrement intéressant de s’étendre, mais que je ne puis aborder dans cet article.

Le ravitaillement de l’hôpital, les préparations et la distribution des aliments, le service de divers magasins, l’entretien du matériel, de l’habillement, du linge, les services de la buanderie, et par-dessus tout l’administration des malades et du personnel avec application des centaines de dépêches ministérielles ayant trait aux soldes et diverses allocations et a tout autres sujets ont nécessité de la part du gestionnaire une activité, une initiative, un esprit de décision que peuvent seul connaître ceux qui ont vécu de la vie intense d’une formation de 1800 lits avec toutes les difficultés inhérentes à l’état de guerre.

Et je me plais à rendre ici un hommage bien mérité de reconnaissance et d’admiration au Capitaine en 1e d’Administration Maziers, officier gestionnaire remarquable qui a pu assurer de façon parfaite les différents services de sa charge.

L’activité de l’hôpital de Bonsecours a été considérable non seulement, comme nous le disions tantôt, comme centre de chirurgie, de physiothérapie, d’orthopédie et de prothèse, mais encore comme centre de mise en observation.

Sur un chiffre total de 17804 entrants depuis l’ouverture de son transfert, 13850 nous sont arrivés comme blessés ou malades et la plupart pour traitement physiothérapique ou appareillage, et 3954 nous ont été envoyés en observation comme miliciens réformés etc.

L’Anglo – Belge, ses annexes et Bonsecours ont donc ensemble hospitalisé plus de 23.000 hommes.

Nous ne possédons pas de statistique précise des résultats obtenus, mais nous ne pouvons qu’affirmer que ces résultats ont été remarquables et qu’a côté des capacités de travail complètement récupérées ayant laissé à nombre de nos soldats l’honneur de reprendre utilement leur place dans le rang, toutes les impotences fonctionnelles définitives ont été réduites à leur minimum permettant à nos infirmes d’être encore utilisés dans les services auxiliaires ou de se réadapter dans des métiers de façon à redevenir dans l’avenir de réelles valeurs sociales.

Nous estimons qu’environ 55% de nos blessés sont sortis aptes au service de campagne ; 19,5% aptes aux services auxiliaires ; 25% réformés et 0,5% décédés. Dans ce dernier pourcentage figurent pour une bonne part les décès dus à l’épidémie meurtrière de grippe infectieuse de 1918.

Mais ces résultats ne sont acquis que par des traitements persévérants et de longue haleine ; la mobilisation de l’articulation ankylosée et des cicatrices adhérentes, les soins que réclament les atrophies musculaires, les lésions tendineuses et nerveuses, les consolidations osseuses retardées ou vicieuses, les exercices de rééducation motrice nécessités par les impotences physiques ou psychiques, tous ces traitements exigent un séjour hospitalier toujours de plusieurs semaines, souvent de nombreux mois, voire même d’une ou plusieurs années.

Aussi importe-t-il de veiller à maintenir le moral élevé et les cœurs bien hauts chez des hommes dont les souffrances et le séjour prolongé dans les hôpitaux ont fatalement une tendance à aigrir les caractères et à abattre les énergies les mieux trempées.

Plus que partout ailleurs, dans cet hôpital de Bonsecours où se concentraient tant de victimes de la guerre, où au milieu d’estropiés et de mutilés, les moins malheureux étaient encore atteint de séquelles graves dont la disparition plus ou moins complète ne pouvait être espérée qu’a longue échéance, convenait-il de distraire la souffrance physique et morale et de tuer l’ennui.

A cet effet des fêtes nombreuses étaient régulièrement organisées à l’hôpital. Une harmonie et deux sections dramatiques, l’une française, l’autre flamande, ont été constituées au moyen d’éléments plus ou moins permanents recrutés dans le personnel et d’artistes passagers trouvés parmi les blessés eux-mêmes. Cette phalange musicale et ces troupes théâtrales organisaient des soirées récréatives très goûtées de nos pensionnaires. Nous trouvions d’ailleurs aussi en dehors de l’hôpital des concours gracieux et précieux dans des troupes constituées d’autres formations, telles que celles des artistes de l’I.M.I.O. de Port-Villez, d’hôpitaux ou camp anglais de la région, etc. Nous avons même parfois eu la bonne fortune de bénéficier de véritables tournées artistiques, telles que celles de la troupe Libeau si souvent applaudie dans nos hôpitaux du front. L’affiche était ainsi tenue avec des programmes variés de tous genres pour le plus grand divertissement d’un auditoire de 1000 à 1500 personnes qui emplissaient notre spacieuse salle des fêtes. De plus, une fois en été et deux fois par semaine en hiver, des représentations cinématographiques étaient données au cours desquelles l’harmonie de l’hôpital se faisait entendre.

L’aumônier Gemoets présidait à l’organisation de toutes ces fêtes avec grand dévouement. C’est d’ailleurs également sous sa direction active qu’en tout temps la salle des fêtes se trouvait accessible aux blessés où ils pouvaient se recréer et y trouver des jeux divers, des journaux, des revues, etc. Une cantine y était installée et délivrait aux hommes de la bière, boisson favorite du Belge, et tous les produits courants du magasin de débit de l’intendance.

D’autre part dans un local spécial servant de bibliothèque, de salle d’étude et de cours, se donnaient tous les jours de 8 à 9 heures des cours aux illettrés et de 15 à 18 heures des cours de français et de flamand.

A d’autres heures, ce local était réservé aux jeunes gens désireux de se livrer à des études personnelles.

De 13,30 à 14,30 la bibliothèque était ouverte à tout l’hôpital pour la prise en lecture de livres que tous, personnel et hospitalisés, pouvaient emporter et conserver durant huit jours.

Enfin le séjour prolongé à l’hôpital qui pèse tant à des hommes jeunes et pour la plupart vigoureux malgré leurs mutilations ou leurs infirmités suite de blessures qui les ont surpris en pleine santé, tous avides de cette liberté pour laquelle ils ont combattu si glorieusement, était rendu moins pénible par des sorties quotidiennes et l’octroi de congés de détente accordés dans les mêmes conditions qu’aux troupes de toutes armes et services.

Tous ces divertissements, fêtes, lectures, sorties quotidiennes ou congés de faveur contribuaient dans une large mesure à entretenir chez nos blessés une saine mentalité et à maintenir pendant leur séjour à l’hôpital le moral si bien trempé de nos héroïques soldats aux tranchées.

Je m’arrête et je m’excuse d’avoir été si long et en ne me cantonnant cependant que dans des généralités. Je laisse à mes collaborateurs comme je le disais plus haut, le soin de donner l’organisation et le fonctionnement des différents services en particulier.

Je n’ai pu donner ici qu’une physionomie générale de ce que fut Bonsecours, le côté scientifique de notre formation doit faire nécessairement l’objet de travaux spéciaux dans chaque domaine.

J’espère toutefois avoir démontré l’importance et la valeur de notre formation ainsi que la place particulièrement grande qu’elle a occupée non seulement dans le Service de Santé Belge, mais aussi dans les services similaires de nos alliés.

La supériorité de la formation de Bonsecours résidait surtout dans le fait de la réunion dans un même établissement de tous les moyens destinés à assurer aux blessés améliorables une réadaptation fonctionnelle aussi complète que possible. Depuis les interventions chirurgicales nécessaires pour assurer les restaurations anatomiques possibles jusqu’à l’appareillage prothétique ou orthopédique pour suppléer aux impotences définitives, en passant par tous les moyens physiothérapiques que la science a mis à notre disposition pour réduire au minimum les conséquences des blessures, tous ces éléments d’ordre médical étaient réunis à Bonsecours.

J’ajouterai que les Ecoles de Rééducation Professionnelle, organismes d’ordre social, sur lesquels étaient dirigés ceux de nos blessés devenus définitivement impotents, après avoir épuisé l’action de tous les moyens capables de leur faire récupérer le maximum de fonctions abolies, se trouvaient à relativement proche distance de Bonsecours : à Port-Villez et au Havre. A Woluwe, c’est mieux encore, nous voisinons immédiatement avec les écoles de l’œuvre « Aide et Apprentissage » ce qui permet, dans bien des cas à nos invalides justifiant encore de l’hospitalisation, de se livrer à la rééducation professionnelle au cours même de leur traitement.

L’œuvre de Bonsecours n’est pas terminée, elle perdure dans cet hôpital de Woluwe où nos collègues qui voudront le visiter trouveront les différents services tels qu’ils fonctionnaient en France, mais nécessairement réduits.

Nos glorieux et héroïques invalides y trouveront toujours les soins et le confort que la nation doit aux soldats sublimes qui ont fait l’admiration du Monde et auxquels nous devons notre indépendance et notre liberté.

Puissent-ils y venir en toute confiance !

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L’Hôpital Anglo-belge Roi Albert 1er à Rouen

 lycée Camille saint Saens, 22 rue Saint Julien Rouen

École municipale primaire supérieure et professionnelle de Rouen

Grâce à l’intervention généreuse du comité Anglo-français, de la Croix Rouge Anglaise, et de Miss Dormer Maunder, déléguée de la London Red Cross, l’Hôpital Anglo-belge Roi Albert I
fut installé dans les locaux de l’école municipale primaire supérieure et professionnelle de Rouen

Miss Dormer Maunder

( 22, rue Saint-Lô actuellement lycée Camille saint Saens ) et inauguré le 23 décembre 1914 en présence du Ministre de la guerre, Baron de Broqueville

 

Il comprenait, au début, 50 à 60 lits, mais trois mois après son inauguration, on disposait à Rouen de 350 lits environ. Vu l’affluence considérable des convalescents dont l’état nécessitait un traitement physiothérapique, 2612 blessés belges y furent soignés. Il existait des annexes dans la région :

L’une de 275 lits, à Orival Saint Hellier, près de Bellencombre, dans les locaux qui recevaient les colonies scolaires du 17 arrondissement de Paris), spécialisée dans les maladies vénériennes.
1760 belges y furent soignés, l’autre de 325 lits à Saint-Aubin-Jouxte-Boulleng .

L’autre installée à l’Hôtel Dieu de Rouen dans le pavillon de la maternité ouvrit ses portes le 31 décembre 1914 et ne ferma qu’en juillet 1919 ; près de 5000 malades et blessés belges y furent soignés.

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La Poste Belge au Havre  Sainte-Adresse 1914-1918

Le 18 octobre la Poste belge s’installait dans le bureau auxiliaire du NICE HAVRAIS.

La boite à lettre Belge

Un ancien cachet à date français, LE HAVRE SEINE INFre fortement usé fut remis aux postiers belges. Il se distingue par une rupture de la couronne au-dessus du premier E dans le nom du bureau LE HAVRE.

Celui-ci est très vite remplacé, le 27 octobre 1914 par un nouveau cachet avec la dénomination LE HAVRE (SPÉCIAL) SEINE INFre qu’on trouve sous trois formes dans le bloc dateur, avec et sans étoile à droite du jour, ou sans heure qui est remplacée par une étoile.

Les bureaux de poste du pays ont été dévalisés par les troupes allemandes au fur et à mesure de leur avancée. Il en a été de même pour l’atelier du Timbre situé à Anvers. Les planches des timbres Croix-Rouge du 3 octobre 1914  y ont été volées. Pour cette raison les faux timbres sont plus nombreux que les vrais ..

Faux timbres

Le bureau vendit tous les timbres belges, mais le 5 janvier 1915 pour commémorer l’ouverture du bureau de poste, le Gouvernement belge a fait oblitérer de nombreuses séries des émissions de 1912 à 1914 avec un cachet LE HAVRE dont le cercle n’est pas brisé au-dessus du premier E. Le cachet ne porte pas d’heure de levée mais une étoile à la place, tous sont annulés le 18 -10 14.Ce sont toutes  des oblitérations de complaisance.
En effet, au début le bureau du Nice Havrais oblitérait par complaisance : « Le public était prié de verser son obole dans un tronc, placé près du guichet, pour rémunérer le travail des employés… » et des abus ne tardèrent pas à se commettre aussi, les administrations belge et française ont interdit toute oblitération de complaisance vers la mi-décembre 1914.
La vente des timbres poste belges a atteint des proportions inattendus et le bureau du Nice Havrais, qui expédiait en moyenne 500 à 600 lettres recommandées PAR JOUR (presque toutes avec des affranchissements philatéliques) a dû souvent dépasser les 1000 dans la journée.

 


Une tolérance permit également à cinq bureaux du Havre d’accepter du 18 octobre à la fin novembre 1914, le courrier affranchi de timbres belges.

Le havre central Cachet ondulé du service télégraphique

Le 15 octobre 1915, le gouvernement et la Poste Belge, s’installèrent dans l’Hôtel Dufayel, place Frédéric Sauvage, où l’on trouve la célèbre boite aux lettres belge rouge.
Les timbres de l’émission de 1915, des petits formats à l’effigie du Roi Albert est mise en circulation et tous les timbres qui avaient cours en Belgique au moment de la déclaration de guerre sont retirés de la circulation.Les timbres belges de Sainte-adresse en en vente à partir du 15 octobre dans le bureau de poste Dufayel

 

  Séries Croix-Rouge

 

 

 

 

 

 

 

    Monument de Mérode (Yvert 126/128).

Le 22 novembre 1918 à 18 heures le bureau belge de Sainte Adresse fut fermé.
Seule la correspondance officielle pouvait encore y être postée et portait le tampon : « Belgique-BELGIE » dont le laconisme s’explique car il s’agissait d’un tampon mis en réserve pour être utilisé à la libération du territoire.

 

 

Bibliographie :
Col Seyer
Documents collection J. Seyer
La poste au Havre des origines à nos jours. Société philatélique havraise, imprimerie Rolland 1948.
La poste belge durant la guerre de 1914-1918. René silverberg, Méyère éditeur;

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