Les principes fondamentaux de la prothèse orthopédique du membre inférieur

D’après l’étude des membres artificiels-types confectionnés dans les ateliers de prothèses du Service de Santé de l’Armée Belge à Rouen

Georges Hendrix

Médecin de bataillon, chargé du service de prothèses dans l’armée Belge, Chef du service d’orthopédie à  « la Policlinique de Bruxelles »   Rapport présenté à M. le Docteur L. Melis Inspecteur général du service de santé Belge, le 1er avril 1916

L’atelier des prothèses belge de Rouen a été organisé sous l’autorité du service de santé, grâce aux encouragements du Directeur du Service de Santé à Rouen, Mr le Médecin général Deltenre. Cet atelier a d’abord été installé dans les locaux de l’école professionnelle, rue Saint-Lô, mis très gracieusement à la disposition des autorités militaires belge par les autorités civiles de cette ville. Les fonds nécessaires à la fabrication des appareils de prothèse ont été recueillis par Mme Haemers, épouse du Consul Belges à Rouen, femme d’un grand cœur dont l’infatigable dévouement permet de subvenir à l’achat de toutes les matières premières.

Dans ce but, a été fondé, sous la présidence d’honneur du Lieutenant général chevalier  de Sellier de Moranville, Inspecteur général de l’armée, l’œuvre des mutilés de la guerre, dont Mme Haemers est la gracieuse présidente. Actuellement, l’atelier de prothèse fonctionne dans les bâtiments dits « dépôts des tramways », à Bonsecours lès Rouen, où a été transporté l’outillage généreusement prêté par la ville de Rouen.

L’atelier est rattaché à l’hôpital militaire Belge de Bonsecours, institut de physiothérapie, que dirige Mr le médecin de régiment A. de Marneffe. Je lui adresse l’expression de mes plus vifs remerciements pour les conseils avisés qu’il n’a cessé de me prodiguer.

Les ateliers de prothèses du Service de santé des armées belges, à Rouen, fonctionnent depuis mai 1915 environ. Ils occupent près de 80 ouvriers, mécaniciens, ajusteurs, modeleurs en bois, menuisiers, charpentiers, sabotiers, etc., pris parmi des soldats blessés reconnus inaptes. Ces ouvriers comme le reste du personnel d’ailleurs, n’étaient pas des ouvriers orthopédistes avant la guerre ; ils ont été formés, depuis cette époque, à l’art de la prothèse, dans les ateliers de l’Etat. Parmi eux, certains ont acquis des connaissances qui leur permettent de prendre rang parmi les ouvriers spécialistes les plus capables. D’ouvriers spécialistes, on n’en comptait guère, en Belgique avant les hostilités. Les principales maisons de fabrication d’appareils étaient allemandes et avaient à leur solde des individus de cette nationalité.

C’est donc pour faire œuvre utile pour l’avenir, que de former des ouvriers spécialistes, afin de développer dans notre pays, un jour reconquis, une industrie rendue d’autant plus importante, que la guerre aura fait par ses ravages plus d’impotents et de mutilés.

Nous avons donc visé à fabriquer des appareils robustes, utiles, simples et perfectionnés. Ce résultat n’a été obtenu que par étapes, grâce à une expérience acquise par la pratique. Aussi, est-ce à tâtons que nous avons débuté. A diverses reprises, nous avons dû revenir sur des erreurs ;  par contre, nous avons parfois crée des perfectionnements. Nous avons étayé nos travaux sur l’expérience et, livrés à nous-mêmes, l’expérience surtout nous a inspiré.

A part les publications « réclames » des maisons de commerce, la littérature scientifique traitant de l’art de la prothèse, sur lesquels nous aurions pu guider nos travaux, est presque nulle. Pourtant, s’il est une question, restée trop longtemps dans le domaine commercial, bien qu’elle soit basée sur de rigoureuses données scientifiques, et nécessitant des connaissances médicales bien définies, c’est bien la question des prothèses ?

D’autres avant nous, certes, ont dû mettre ces principes en valeur ; ils les ont appliqués, mais ils semblent avoir tenu à cœur de conserver le fruit de leur expérience pour un avantage commercial.

La grande guerre actuelle vient de stimuler l’intérêt de cet art. Aussi, en arrière de toutes les armées, a-t-on nommé des commissions médicales, ouvert des laboratoires d’études de la prothèse, multiplié les ateliers d’orthopédie. On s’applique, avec beaucoup d’activité et sous l’autorité de certains noms appartenant aux milieux médicaux, à établir des bases scientifiques pour l’étude d’appareils rationnels et réellement pratiques. Jusqu’à présent ceux-ci avaient été laissés à l’initiative d’industriels possédant peut-être beaucoup d’acquis, mais dont les idées, certes très louables et parfois très originales, manquaient de bases scientifiques. Le service de santé de l’armée belge s’est trouvé dans les mêmes nécessités et s’est senti les mêmes obligations que les autres nations.

Il a su s’orienter parmi les premiers et il a su s’organiser. Pour ne citer qu’un exemple, relatif à la question de la confection des membres artificiels, qui occupe la première place dans la prothèse, disons qu’après avoir tenté la confection de ces appareils d’après le « Type français » nous avons reconnu qu’il existait mieux dans le « Type Américain », et c’est vers ce type que nous nous sommes orientés. Les principes ont été étudiés, puis le type a été réalisé. Aussi, les membres artificiels, confectionnés sous l’autorité du service de santé belge, sont-ils parmi les plus perfectionnés. Certains modèles, dérivant du « Type Américain » et créés dans le laboratoire d’études, peuvent réellement être considérés comme originaux.

       L’atelier de prothèse belge fait donc œuvre à la fois de production et d’étude. Ainsi se prépare aussi une industrie nouvelle, nationale, qui pourrait devenir florissante dans un avenir prochain.

 

 

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