Les réfugiés Belges dans le Pays de Caux

Les statistiques montrent qu’en 1917, 325 000 belges étaient réfugiés en France. C’est la Seine Maritime (Seine Inférieure) qui en abrita le plus grand nombre : 37 500 y compris la main- d’œuvre civile et militaire des usines du Havre.

Dès le 16 octobre 1914, un cercle de réfugiés avait été fondé au Havre avec l’aides de la sous préfecture et de la mairie. Le 22 octobre, la ville du Havre admet les enfants belges dans les écoles comme les enfants de la ville.

Les premiers réfugiés arrivés au Havre furent logés dans « l’hôtel des immigrants » de Graville appartenant à la Compagnie Transatlantique. Devant le nombre, des écoles furent transformées en centres de repos et de nombreux réfugiés furent accueillis dans des familles.

Les grands paquebots France (transformé plus tard en navire hôpital) et Tchad, amarrés dans le port furent aussi utilisé avant que des trains spéciaux conduisent les réfugiées dans d’autres régions.

Le France transformé en hôpital

Le Cholon ex Tchad

En 1917, alors que les réfugiés sont « stabilisés », début 1917, 300 officiers et 13.000 hommes de l’armée belge y travaillent au Havre et il en reste 8500 à Rouen dont 2600 enfants, Dieppe en compte 3200 et Yvetot 2700. Dans les grands centres, des colonies scolaires sont installés. En Seine inférieur, une trentaine de colonies existent, avec quatre groupes autour de Rouen et quatre autour de Dieppe.

Arrivée des enfants

Certains enfants seront accueillis au Grand Hôtel ds Grandes Dalles

Les Grandes Dalles

D’autres à Saint Valery en Caux.

Saint Valery en Caux

Bibliographie

  • Nivet Philippe. Les réfugiés de guerre dans la société française (1914-1946). In : Histoire, économie et société. 2004, 23e année, n°2. La société, la guerre, la paix, 1911-1946. pp. 247-259.

La colonie serbe des Petites Dalles

Les premiers réfugiés serbes sont arrivés aux Grandes-Dalles le 27 janvier 1916. Ils ont été 133. La colonie a déménagé des Grandes-Dalles aux Petites-Dalles le 23 mai 1916 et s’est installée à l’Hôtel des Pavillons et à la Villa Kermor. Au mois d’août 1916, elle comptait 83 personnes, 23 femmes et 60 hommes. En effet à cette époque les grands hôtels des Grandes et des Petites Dalles hébergeaient des enfants Belges réfugiés.

L’hôtel des Pavillons

La villa Kermor à gauche

La directrice était Mme Marguerite Pavlovitch, née Brulé, et le Directeur M. Dimitrié Pavlovitch, avocat, président du Club français de Nisch (Serbie). Il ne s’agissait pas de soldats blessés ou convalescents, mais essentiellement des représentants de professions libérales — avocats, médecins, ingénieurs — qui avaient fui leur pays envahi.

Le Maire de Saint Martin leur avait concédé une cabane sur la plage.

Lors de ce concert donné le 26 août 1916 aux Petites-Dalles, il y eut plusieurs allocutions :

  • Bienvenue aux auditeurs par Dimitrié Pavlovitch, directeur de la colonie, avocat, président du Club français à Nisch (Serbie).
  • Causerie de Ernest Daudet.
  • Paris en décembre dernier, impressions intimes d’un jeune homme expatrié par Radovane Petrovitch, étudiant en droit.
  • Discours de M. Wladislav Petkovitch, homme de lettres.
  • Historique de la colonie et compte rendu du concert par Dimitrié Pavlovitch, directeur de la colonie.
  • Bienvenue aux auditeurs par Dimitrié Pavlovitch, directeur de la colonie, avocat, président du Club français à Nisch (Serbie).

Mesdames, Messieurs,

Vous voudrez bien tout d’abord être assez indulgents pour excuser mon faible talent d’orateur et ma façon de m’exprimer en français. Il est d’usage dans notre pays, en Serbie, d’ouvrir toute réunion par la bienvenue aux auditeurs, le « Salut aux assistants »« Posdrav Gostima », comme l’on dit en Serbie. — Soyez donc, Mesdames, Messieurs, les bienvenues parmi nous et c’est au nom de tous les membres de la colonie, composée de quelques avocats, docteurs, ingénieurs, etc., que je vous remercie de tout cœur d’être venu aussi nombreux à la petite fête que nous avons organisée et pour laquelle nous avons été gentiment aidés de quelques bonnes volontés. — Nous serons heureux si nous avons pu vous procurer un moment agréable, tout en songeant à nos chers et braves combattants, à nos blessés, à tous les frères d’armes françaises et serbes. La France, pour nous Serbes, a toujours été une seconde patrie, tous nous l’avons toujours aimé et dans nos malheurs c’est une consolation pour nous que son accueil si noble et si généreux. — Merci à la France et à tous les Français pour tout ce que l’on fait pour adoucir notre exil, car nous sommes, ici, aussi bien qu’on peut l’être. Ces tristes circonstances nous auront permis de mieux nous connaître et, après la guerre, après la victoire finale, les distances seront aplanies et entre nous, entre nos deux pays, subsisteront toujours des liens d’amitié et de fraternité plus resserrée. Déjà, en effet, la victoire se fait pressentir sur tous les points. À Salonique, ne sont-ils pas groupés, Français, Anglais, Russes, Italiens, Serbes, pour la victoire prochaine ? Oui, certainement, bientôt nous retrouverons nos foyers, une Serbie agrandie, plus chère encore, grâce à tous les alliés, et notre reconnaissance restera à la France. Avant de céder la parole à l’illustre conférencier, M. Ernest Daudet, je tiens à saluer au nom de tous mes compatriotes la présence à cette fête de M. le colonel Nénadovitch, officier de la Légion d’honneur, attaché à Son Altesse Royale le prince Alexandre de Serbie, qui nous fait le plaisir de représenter notre armée et la Légation Royale. Le colonel Nénadovitch, dont nous sommes fiers, est un de ses héros, il a reçu sur le champ de bataille 42 blessures. C’est un brave dont je demanderai à mes compatriotes et à vous nos amis français, de saluer le nom de vos applaudissements. Merci à la France, merci à vous tous, encore une fois !

Dimitrié Pavlovitch Avocat, Président du Club français à Nisch (Serbie)

Ernest Daudet, né le à Nîmes et mort le aux Petites-Dalles, est un écrivain et journaliste français, frère aîné d’Alphonse Daudet. Il se consacre tout d’abord au commerce selon le souhait de sa famille. Voulant devenir écrivain, il finit par aller à Paris et commence à contribuer à divers journaux parisiens et de province. Parallèlement, il entre comme secrétaire-rédacteur au Sénat. Il publie une trentaine de romans et collabore à de nombreux journaux, souvent sous pseudonyme.

Portrait d’Ernest_Daudet

Causerie de M. Ernest Daudet

Mesdames, Messieurs,

On m’a demandé de vous exposer l’objet de cette réunion. Je le ferai brièvement, car je suppose que vous êtes plus pressés de voir le spectacle qu’on a préparé pour vous, que désireux d’entendre une parole qui, fût-elle la plus éloquente que la mienne, ne saurait vous offrir l’attrait de ce qui vient du lointain, de ce que l’on entend pour la première fois. Le local où vous êtes réunis abritent, vous le savez, des réfugiés Serbes à qui la France s’est faite un devoir de donner l’hospitalité comme elle l’a donné aux réfugiés belges et de leur assurer jusqu’au jour où la victoire leur rouvrira la patrie d’où les a chassés une invasion criminelle. Comme les Français des pays envahis, comme le vaillant peuple de Belgique, les réfugiés Serbes sont les victimes du plus effroyable désastre qui puisse atteindre une nation et la frapper dans sa vie, dans sa gloire ancestrale, dans ses biens, dans ses ambitions légitimes et dans ce que l’homme a de plus cher au monde : le pays natal. Contre cette petite nation, Guillaume II, empereur d’Allemagne, bourreau de sang, et son ancien complice, l’astucieux et sénile François-Joseph, empereur d’Autriche-Hongrie, ont, à la faveur d’un prétexte calomnieusement invoqué, jeté à l’improviste leurs soldats les plus barbares, alors que l’armée serbe épuisée par de récentes victoires sur le Turc et sur le Bulgare n’avait pas eu le temps de se préparer à de nouveaux combats. En cette heure critique où les alliés ne pouvaient encore lui porter secours, tout a manqué à la Serbie, et tandis que le traître Ferdinand de Bulgarie prenait les armes contre elle, le roi de Grèce refusait de tenir les engagements qu’il avait contractés quelques mois avant en se liant à elle par un traité. L’héroïsme de ses soldats ne pouvait en de telles circonstances la préserver de la défaite. Elle a été vaincue par le nombre et devant un ennemi coutumier des pires atrocités, ses habitants ont dû s’enfuir. Oh ! Cette fuite, quel drame poignant !! Les chemins par lesquels elle s’est effectuée à travers les montagnes, se sont couverts, durant ces semaines tragiques, de blessés et de morts parmi lesquels on a compté des femmes, des enfants, des vieillards qui avaient succombé au froid, à la faim, aux plus effroyables privations. Et ne croyez pas que dans ce terrible exode, parmi ces fugitifs lamentables, il y ait eu des privilégiés ! Riches et pauvres, gens de tout âge, de tout sexe, de toutes conditions, le vieux roi Pierre, son valeureux fils le prince Alexandre, son gouvernement, ses soldats, son clergé, ses sujets, les membres du corps diplomatique accrédité auprès de lui auront subi la même infortune, infortune si grande, si féconde en péripéties qu’on a pu dire que la retraite de Serbes constitue l’une des plus violentes tragédies qu’ait enregistrées l’histoire du monde. Ceux qui y ont survécu ont enfin trouvé des asiles dans les pays alliés, en France notamment, et c’est ainsi que nos Petites-Dalles ont été désignées pour recevoir quelques-uns de ces infortunés qui y ont été l’objet de la sympathie et de la compassion que méritaient leur malheur et la dignité de leur attitude. Il est vrai qu’il constitue une élite intellectuelle, puisque tous ou presque tous exerçaient dans leur pays des professions libérales. De ce refuge où leurs existences matérielles est assurées, ils peuvent aussi suivre avec confiance les événements qui préparent la résurrection de leur pays et plus particulièrement de son armée. On avait pu la croire irrévocablement détruite et voici que grâce aux alliés elle est debout, équipée, forte de 150.000 hommes, prête à combattre à côté des soldats de l’Entente, a renouvelé ses anciens exploits, à vaincre ou à mourir pour la délivrance de la patrie. Il y a quelques jours, mon ami, M. Auguste Boppe, ministre de France auprès du gouvernement serbe installé à Corfou, m’écrivait : « Vous avez appris de quelle admirable façon les Serbes se sont réunis à Corfou. Ceux qui les ont connus à Scutari ne pouvaient les reconnaître quand ils sont partis pour Salonique. Quels soldats admirables ! » C’est pour vous, Messieurs les réfugiés, que j’ai cité ce fragment de lettres. Il ranimerait vos espérances, votre foi dans l’avenir de votre pays si elle avait besoin d’être ranimée. Que du moins il contribue à cicatriser les plaies de vos âmes meurtries et les emplisse d’un légitime orgueil ! Je vous ai dit, Mesdames et Messieurs, que la vie matérielle de nos réfugiés était assurée, c’est-à-dire le nécessaire. Toutefois, ceux qui les approchent avaient cru s’apercevoir qu’il en était parmi eux de plus éprouvés que d’autres, à qui manquait un peu de ce superflu dont les habitudes d’une existence confortable font presque une nécessité. De là, l’idée touchante dont l’honneur revient à M. le Sous-Préfet d’Yvetot et à Mme Piettre d’organiser cette réunion dont nos réfugiés seraient les protagonistes et dont le profit leur vaudrait un peu plus de bien-être. Mais quand on a sollicité leur concours en leur disant pourquoi, ils ont déclaré qu’il le donnerait avec joie, mais en témoignage de gratitude envers la France et au bénéfice de la Croix-Rouge française. — Quant à nous, ont-ils dit, nous n’avons besoin de rien, les moins malheureux s’étant entendus entre eux pour venir en aide à ceux qui le sont davantage. C’était un beau geste, Mesdames et Messieurs, un révélateur de ce que peut contenir de noblesse et de dignité l’âme des proscrits quand ils souffrent pour une grande cause. Il a bien fallu s’y soumettre. — Soit, au bénéfice de la Croix-Rouge française, a-t-on répondu, mais aussi à celui de la Croix-Rouge serbe. Voilà mes chers compatriotes, toute la genèse de la réunion d’aujourd’hui. Elle ne me laisse rien à ajouter. Si j’étais ainsi à la table d’un festin, je lèverais mon verre à la résurrection victorieuse de la Serbie. Associez-vous à ce toast idéal en applaudissant au spectacle qui va vous être donné.

Compte-rendu du concert

Venir en France et la connaître, c’était le rêve de nous tous. Et ce qui n’était pas possible à beaucoup d’entre nous pendant la paix, nous est destiné pendant la guerre, au moment de nos plus grands malheurs nationaux et particuliers. Pour l’avenir de nos familles restées dans nos maisons, avec nos biens, nous partîmes nombreux pour fuir l’invasion, loin de l’ennemi commun ; mais arriver en France ceux d’entre nous, seulement, qui eurent la chance de résister aux souffrances de toutes sortes : faim, froid, fatigue, endurées en Albanie, et ceux qui purent se défendre des attaques des Albanais. Nous sommes maintenant dispersés par groupes plus ou moins nombreux dans différents points de la France, notre seconde patrie, où nous sommes reçus aussi bien qu’il est possible de l’être et il est bien certain que nous ici, aux Petites-Dalles, le somme mieux encore que partout ailleurs. Ce qu’on fait pour nous et la façon dont le font Monsieur le Sous-Préfet d’Yvetot et madame Piettre, représentants du Gouvernement Français, ainsi que Monsieur Certain, maire de Sassetot, nous obligent pour toute notre vie et nous ne les oublierons jamais. La générosité du peuple français sera racontée, chez nous, de génération en génération.

 

Vladislav Petkovic Dis

Grand poète serbe

Mesdames, Messieurs,
Quand le grand jour sera venu pour nous de retourner dans notre patrie, nous quitterons la France, cet asile de repos et d’espoir.
Je vous en prie: gardez un bon souvenir de nous, car nous vous avons aimés, même alors que nous avons douté. Nous vous avons aimés, nous vous aimons, nous vous aimerons toujours, toujours.
Et demain, quand nous serons rentrés dans nos foyers, si nos mères sont encore en vie, elles nous accueilleront et nous demanderont : « Comment étiez-vous en France? » Nous leur répondrons : « Nous y étions bien ». Si nos femmes et nos soeurs sont encore en vie, elles nous accueilleront et nous demanderont « Comment étiez-vous en France ? » Nous leur répondrons « Nous y étions bien ». Si nos enfants, qui ont connu les plus grandes épreuves de ce monde, sont encore en vie, ils nous accueilleront aussi, mais leur bouche ne saura pas nous poser cette question ; ils nous demanderont tout simplement « Où est donc cette France ? ».
Au lieu de leur répondre, nous mettrons la main sur notre cœur et nous leur dirons : « Voilà, la France est ici ! », et nos enfants nous comprendront bien.Mesdames, Messieurs, vive la France !

Vladislav Petkovic Dis

Compte rendu du concert des Petites Dalles

Les premiers réfugiés serbes sont arrivés dans cette colonie, aux Grandes-Dalles, le 27 janvier 1916 (n. s.), le jour de Saint-Sava Serbe et, de ce jour jusqu’à aujourd’hui, nous fûmes 133. Aujourd’hui, la colonie compte 83 personnes, dont 23 dames et 60 messieurs. La colonie a déménagé des Grandes-Dalles aux Petites-Dalles le 23 mai 1916, installée à l’hôtel des Pavillons et à la villa Kermor, d’une façon telle que l’on ne croirait pas à une colonie de réfugiés. Accueillis chaque jour comme de bon et vieux amis, nous avons pu nous ressaisir et préparer un concert au profit de la Croix-Rouge Française et Serbe. Le concert qui a eu lieu le 24 août, à 3 heures, a eu un tel succès qu’il a dû être redonné le même soir à 9 heures. La recette totale des deux concerts et de 1.384,80 fr., dont une somme de 1000 fr. est remise à Monsieur Piettre pour envoyer 500 fr. au général Sarrail, à Salonique, pour la Croix-Rouge Serbe et 500 fr. pour la Croix-Rouge Française à Yvetot. A cette occasion, au nom des membres de la colonie, je remercie tous les auditeurs et plus particulièrement M. Ernest Daudet pour son intéressante causerie pour laquelle cette brochure est imprimée, ainsi que les autres personnes qui ont pris part au concert, notamment Mademoiselle Piettre qui en a organisé une grande partie et a fait beaucoup pour son succès, ainsi que Mesdemoiselles Giron, Nicole Anckier, Duval, Leroyer, Monsieur Francin, Mesdemoiselles Schaeffer, Bredaut qui ont bien voulu prêter leur concours.De même, au nom des membres de la colonie, je remercie Monsieur le Préfet de la Seine-Inférieure et Madame Morain qui ne nous oublient pas quoique n’étant pas tout près de nous, Monsieur le Sous-Préfet d’Yvetot, Madame et Mademoiselle Piettre, qui viennent nous voir journellement et font pour nous tout ce qui est possible de faire, Monsieur et Madame Certain, Monsieur Bourdon, qui s’occupent de la colonie et s’empressent toujours pour nous être agréables. Nous ne pouvons pas laisser passer cette occasion sans remercier : M. Alfred Morain, Préfet de la Seine-Inférieure ; Madame et M. Piettre, Sous-Préfet Yvetot ; M. H.-O. Beatty, directeur général de l’ American Relief Clearing Hause (5, rue François-Ier, à Paris) ; M. Lepicard, maire de Canouville ; M. Leconte, représentant de la Bénédictine de Fécamp ; M. Pesquet, percepteur à Lillebonne ; Mme Greulich ; M. Cochaux, de Paris, dont les dons en argent comptant font une somme de 700 francs, qui est distribuée aux réfugiés de la Colonie les plus nécessiteux par M. Certain, maire, ou par le directeur de la Colonie. L’ American Relief Clearing Hause et son directeur général M. H.-O. Beatty, par l’intermédiaire duquel nous recevons des nobles Américains des dons en vêtements, linge, chaussures, etc., pour dames, messieurs et enfants, et dont, par Madame Piettre, nous avons, jusqu’à présent, reçu 2.393 articles, distribué 1.830 articles ; il reste à distribuer encore 563. M. Bourdon, le directeur d’Ecole ; Mlle S. Dutot, directrice d’Ecole ; Mlle Fautrat, institutrice ; Mlle A. Delettre, institutrice, qui, pendant plusieurs mois, ont donné des leçons de français aux membres de la colonie. Les rédactions du Temps, du Journal des Débats, du Figaro, du Matin, du Journal, de l’Illustration, des Annales Politiques et Littéraires, de la Femme chez elle, qui envoient régulièrement leurs journaux gratuitement. Les éditeurs de musique : MM. Heugel, Choudens, Max Eschig, Marcel Labbé, Enoch et Cie, qui ont envoyé des partitions.

Vive la Serbie, notre Patrie ! Vive la France, notre seconde patrie !

D. Pavlovitch

Carte postale envoyée de la colonie serbe des Petites Dalles

’’Avec mes salutations et un baisemain à Madame, mes meilleurs souvenirs pour vous et les autres . Nikola Jelovac’’

ALLOCUTION

DU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE DE SERBIE

A LA RÉCEPTION DONNÉE PAR L’AMBASSADEUR FRANÇAIS

A L’OCCASION DU CENTENAIRE DE LA PREMIÈRE GUERRE

MONDIALE

Belgrade, le 12 juin 2014

 

Excellence, Honorables membres du gouvernement,

Mesdames et Messieurs, chers amis,

 

La grande guerre était précurseur, la première guerre mondiale dure et atroce, qui nous a averti, pas suffisamment il est vrai, par le biais de ces abominables images et ses destructions et victimes inouïes. Les souvenirs terrifiants ont englouti notre mémoire si bien qu’il fut honteux de mémoriser le peu de beau et de sublime engendré par la guerre. Sur cette courte liste du sublime et du beau il nous reste pour toujours l’amitié des Serbes et des Français forgée dans l’héroïsme, dans les blessures et les morts partagées.

 

Toute beauté, toute amitié y compris la notre, connait les défis amenés par le temps écoulè, la faiblesse de souvenir retenu ou les circonstances. La Serbie n’oublie pas l’amitié, elle en fait juste le deuil lorsque les autres y passe outre. Nous avons surmonté le gouffre de la fin du siècle dernier mais nous ne devons pas le laisser rouvrir dans la tentative d’une différente lecture des faits historiques relatifs à notre passé conjoint – la Première guerre mondiale. C’est pourquoi notre rencontre ce soir je la vois comme des retrouvailles entre amis, prêts à défendre fièrement la mémoire de l’héroïsme de leurs aïeuls, des souffrances et des martyrs conjoints, des percées et des victoires.

Nous serions les descendants fautifs envers nos ancêtres si nous n’œuvrions pas à la promotion de l’amitié héritée. Les événements récents confirment une telle voie.

Le feu et l’eau sont bons serviteurs, mais mauvais maitres, dit le vieux proverbe. Combien l’homme apparait impuissant et faible devant la nature en maitre absolu, c’est ce que mon pays vient d’expérimenter. Dans cette terrible épreuve on a vu que nous avions des amis dans les quatre coins du monde. L’aide apportée par la France, notamment l’engagement personnel du Président François Hollande à organiser une conférence des donateurs pour le renouveau de la Serbie, est un effort attendu et naturel déployé par un ami, pour lequel nous serons toujours reconnaissants. C’est la preuve que nous sommes dignes de nos ancêtres, que nous n’avons pas trahi le serment d’amitié qui nous est resté comme l’héritage commun rayonnant et la tradition de la Grande Guerre.

Sur le caractère, la sincérité et la grandeur de l’amitié entre les Serbes et les Français, nos descendants apprendront plus des vers d’Edmond Rostand, du poème de Jean Richepin « Salut à la Serbie », des articles inspires des plus gros journaux européens, que des ouvrages historiques. Enfin, nombre de pages des mots touchants sur les Serbes et l’armée serbe sont sorties de la plume du général de l’armée française  Franchet d’Esperey ou l’amiral Émile Guepratte, dont les noms sont prononcés en Serbie avec tant d’amour et de résonance mythique, tels les noms des héros du Kosovo.

 

«Je souligne notre admiration pour les troupes serbes qui en faisant la percée se sont précipitées avec une ardeur admirable, en avant, dans leur patrie», écrit Franchet d’Esperey. «Ce sont des troupes magnifiques et je suis fier de les avoir menées, épaule à épaule avec l’armée française, jusqu’à la libération de leur patrie.»

 

Toutefois, afin de comprendre l’attachement qui découle du cœur et y aboutit également, qui est tant militaire qu’humain, j’ai choisi une dépêche brève aussi personnelle et sublime que celle que l’on envoie à un proche, à la famille, et pour finir, les paroles de Dis. Le Francais Emile Guepratte a adressé ces paroles à la Serbe blessée Milunka Savić: «Fiston, guéris au plus vite, c’est la France qui te le demande!»

Lors du concert organisé pour la colonie serbe aux Petites Dalles, sur la cote de La Manche, le 26 août 1916, Vladislav Petković Dis déclama: Et demain, quand nous serons rentrés dans nos foyers, si nos mères sont encore en vie, elles nous accueilleront et nous demanderont: «Comment étiez-vous en France?» Nous leur répondrons: «Nous y étions bien». Si nos femmes et nos sœurs sont encore en vie, elles nous accueilleront et nous demanderont «Comment étiez vous en France?» Nous leur répondrons «Nous y étions bien». Si nos enfants, qui ont connu les plus grandes épreuves de ce monde, sont encore en vie, ils nous accueilleront aussi, mais leur bouche ne saura pas nous poser cette question; ils nous demanderont tout simplement «Où est donc cette France?». Au lieu de leur répondre, nous mettrons la main sur notre cœur et nous leur dirons: « Voilà, la France est ici !», et nos enfants nous comprendront bien.