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Les réfugiés Belges dans le Pays de Caux

Les statistiques montrent qu’en 1917, 325 000 belges étaient réfugiés en France. C’est la Seine Maritime (Seine Inférieure) qui en abrita le plus grand nombre : 37 500 y compris la main- d’œuvre civile et militaire des usines du Havre.

Dès le 16 octobre 1914, un cercle de réfugiés avait été fondé au Havre avec l’aides de la sous préfecture et de la mairie. Le 22 octobre, la ville du Havre admet les enfants belges dans les écoles comme les enfants de la ville.

Les premiers réfugiés arrivés au Havre furent logés dans « l’hôtel des immigrants » de Graville appartenant à la Compagnie Transatlantique. Devant le nombre, des écoles furent transformées en centres de repos et de nombreux réfugiés furent accueillis dans des familles.

Les grands paquebots France (transformé plus tard en navire hôpital) et Tchad, amarrés dans le port furent aussi utilisé avant que des trains spéciaux conduisent les réfugiées dans d’autres régions.

Le France transformé en hôpital

Le Cholon ex Tchad

En 1917, alors que les réfugiés sont « stabilisés », début 1917, 300 officiers et 13.000 hommes de l’armée belge y travaillent au Havre et il en reste 8500 à Rouen dont 2600 enfants, Dieppe en compte 3200 et Yvetot 2700. Dans les grands centres, des colonies scolaires sont installés. En Seine inférieur, une trentaine de colonies existent, avec quatre groupes autour de Rouen et quatre autour de Dieppe.

Arrivée des enfants

Certains enfants seront accueillis au Grand Hôtel ds Grandes Dalles

Les Grandes Dalles

D’autres à Saint Valery en Caux.

Saint Valery en Caux

Bibliographie

  • Nivet Philippe. Les réfugiés de guerre dans la société française (1914-1946). In : Histoire, économie et société. 2004, 23e année, n°2. La société, la guerre, la paix, 1911-1946. pp. 247-259.

La colonie serbe des Petites Dalles

Les premiers réfugiés serbes sont arrivés aux Grandes-Dalles le 27 janvier 1916. Ils ont été 133. La colonie a déménagé des Grandes-Dalles aux Petites-Dalles le 23 mai 1916 et s’est installée à l’Hôtel des Pavillons et à la Villa Kermor. Au mois d’août 1916, elle comptait 83 personnes, 23 femmes et 60 hommes. En effet à cette époque les grands hôtels des Grandes et des Petites Dalles hébergeaient des enfants Belges réfugiés.

L’hôtel des Pavillons

La villa Kermor à gauche

La directrice était Mme Marguerite Pavlovitch, née Brulé, et le Directeur M. Dimitrié Pavlovitch, avocat, président du Club français de Nisch (Serbie). Il ne s’agissait pas de soldats blessés ou convalescents, mais essentiellement des représentants de professions libérales — avocats, médecins, ingénieurs — qui avaient fui leur pays envahi.

Le Maire de Saint Martin leur avait concédé une cabane sur la plage.

Lors de ce concert donné le 26 août 1916 aux Petites-Dalles, il y eut plusieurs allocutions :

  • Bienvenue aux auditeurs par Dimitrié Pavlovitch, directeur de la colonie, avocat, président du Club français à Nisch (Serbie).
  • Causerie de Ernest Daudet.
  • Paris en décembre dernier, impressions intimes d’un jeune homme expatrié par Radovane Petrovitch, étudiant en droit.
  • Discours de M. Wladislav Petkovitch, homme de lettres.
  • Historique de la colonie et compte rendu du concert par Dimitrié Pavlovitch, directeur de la colonie.
  • Bienvenue aux auditeurs par Dimitrié Pavlovitch, directeur de la colonie, avocat, président du Club français à Nisch (Serbie).

Mesdames, Messieurs,

Vous voudrez bien tout d’abord être assez indulgents pour excuser mon faible talent d’orateur et ma façon de m’exprimer en français. Il est d’usage dans notre pays, en Serbie, d’ouvrir toute réunion par la bienvenue aux auditeurs, le « Salut aux assistants »« Posdrav Gostima », comme l’on dit en Serbie. — Soyez donc, Mesdames, Messieurs, les bienvenues parmi nous et c’est au nom de tous les membres de la colonie, composée de quelques avocats, docteurs, ingénieurs, etc., que je vous remercie de tout cœur d’être venu aussi nombreux à la petite fête que nous avons organisée et pour laquelle nous avons été gentiment aidés de quelques bonnes volontés. — Nous serons heureux si nous avons pu vous procurer un moment agréable, tout en songeant à nos chers et braves combattants, à nos blessés, à tous les frères d’armes françaises et serbes. La France, pour nous Serbes, a toujours été une seconde patrie, tous nous l’avons toujours aimé et dans nos malheurs c’est une consolation pour nous que son accueil si noble et si généreux. — Merci à la France et à tous les Français pour tout ce que l’on fait pour adoucir notre exil, car nous sommes, ici, aussi bien qu’on peut l’être. Ces tristes circonstances nous auront permis de mieux nous connaître et, après la guerre, après la victoire finale, les distances seront aplanies et entre nous, entre nos deux pays, subsisteront toujours des liens d’amitié et de fraternité plus resserrée. Déjà, en effet, la victoire se fait pressentir sur tous les points. À Salonique, ne sont-ils pas groupés, Français, Anglais, Russes, Italiens, Serbes, pour la victoire prochaine ? Oui, certainement, bientôt nous retrouverons nos foyers, une Serbie agrandie, plus chère encore, grâce à tous les alliés, et notre reconnaissance restera à la France. Avant de céder la parole à l’illustre conférencier, M. Ernest Daudet, je tiens à saluer au nom de tous mes compatriotes la présence à cette fête de M. le colonel Nénadovitch, officier de la Légion d’honneur, attaché à Son Altesse Royale le prince Alexandre de Serbie, qui nous fait le plaisir de représenter notre armée et la Légation Royale. Le colonel Nénadovitch, dont nous sommes fiers, est un de ses héros, il a reçu sur le champ de bataille 42 blessures. C’est un brave dont je demanderai à mes compatriotes et à vous nos amis français, de saluer le nom de vos applaudissements. Merci à la France, merci à vous tous, encore une fois !

Dimitrié Pavlovitch Avocat, Président du Club français à Nisch (Serbie)

Ernest Daudet, né le à Nîmes et mort le aux Petites-Dalles, est un écrivain et journaliste français, frère aîné d’Alphonse Daudet. Il se consacre tout d’abord au commerce selon le souhait de sa famille. Voulant devenir écrivain, il finit par aller à Paris et commence à contribuer à divers journaux parisiens et de province. Parallèlement, il entre comme secrétaire-rédacteur au Sénat. Il publie une trentaine de romans et collabore à de nombreux journaux, souvent sous pseudonyme.

Portrait d’Ernest_Daudet

Causerie de M. Ernest Daudet

Mesdames, Messieurs,

On m’a demandé de vous exposer l’objet de cette réunion. Je le ferai brièvement, car je suppose que vous êtes plus pressés de voir le spectacle qu’on a préparé pour vous, que désireux d’entendre une parole qui, fût-elle la plus éloquente que la mienne, ne saurait vous offrir l’attrait de ce qui vient du lointain, de ce que l’on entend pour la première fois. Le local où vous êtes réunis abritent, vous le savez, des réfugiés Serbes à qui la France s’est faite un devoir de donner l’hospitalité comme elle l’a donné aux réfugiés belges et de leur assurer jusqu’au jour où la victoire leur rouvrira la patrie d’où les a chassés une invasion criminelle. Comme les Français des pays envahis, comme le vaillant peuple de Belgique, les réfugiés Serbes sont les victimes du plus effroyable désastre qui puisse atteindre une nation et la frapper dans sa vie, dans sa gloire ancestrale, dans ses biens, dans ses ambitions légitimes et dans ce que l’homme a de plus cher au monde : le pays natal. Contre cette petite nation, Guillaume II, empereur d’Allemagne, bourreau de sang, et son ancien complice, l’astucieux et sénile François-Joseph, empereur d’Autriche-Hongrie, ont, à la faveur d’un prétexte calomnieusement invoqué, jeté à l’improviste leurs soldats les plus barbares, alors que l’armée serbe épuisée par de récentes victoires sur le Turc et sur le Bulgare n’avait pas eu le temps de se préparer à de nouveaux combats. En cette heure critique où les alliés ne pouvaient encore lui porter secours, tout a manqué à la Serbie, et tandis que le traître Ferdinand de Bulgarie prenait les armes contre elle, le roi de Grèce refusait de tenir les engagements qu’il avait contractés quelques mois avant en se liant à elle par un traité. L’héroïsme de ses soldats ne pouvait en de telles circonstances la préserver de la défaite. Elle a été vaincue par le nombre et devant un ennemi coutumier des pires atrocités, ses habitants ont dû s’enfuir. Oh ! Cette fuite, quel drame poignant !! Les chemins par lesquels elle s’est effectuée à travers les montagnes, se sont couverts, durant ces semaines tragiques, de blessés et de morts parmi lesquels on a compté des femmes, des enfants, des vieillards qui avaient succombé au froid, à la faim, aux plus effroyables privations. Et ne croyez pas que dans ce terrible exode, parmi ces fugitifs lamentables, il y ait eu des privilégiés ! Riches et pauvres, gens de tout âge, de tout sexe, de toutes conditions, le vieux roi Pierre, son valeureux fils le prince Alexandre, son gouvernement, ses soldats, son clergé, ses sujets, les membres du corps diplomatique accrédité auprès de lui auront subi la même infortune, infortune si grande, si féconde en péripéties qu’on a pu dire que la retraite de Serbes constitue l’une des plus violentes tragédies qu’ait enregistrées l’histoire du monde. Ceux qui y ont survécu ont enfin trouvé des asiles dans les pays alliés, en France notamment, et c’est ainsi que nos Petites-Dalles ont été désignées pour recevoir quelques-uns de ces infortunés qui y ont été l’objet de la sympathie et de la compassion que méritaient leur malheur et la dignité de leur attitude. Il est vrai qu’il constitue une élite intellectuelle, puisque tous ou presque tous exerçaient dans leur pays des professions libérales. De ce refuge où leurs existences matérielles est assurées, ils peuvent aussi suivre avec confiance les événements qui préparent la résurrection de leur pays et plus particulièrement de son armée. On avait pu la croire irrévocablement détruite et voici que grâce aux alliés elle est debout, équipée, forte de 150.000 hommes, prête à combattre à côté des soldats de l’Entente, a renouvelé ses anciens exploits, à vaincre ou à mourir pour la délivrance de la patrie. Il y a quelques jours, mon ami, M. Auguste Boppe, ministre de France auprès du gouvernement serbe installé à Corfou, m’écrivait : « Vous avez appris de quelle admirable façon les Serbes se sont réunis à Corfou. Ceux qui les ont connus à Scutari ne pouvaient les reconnaître quand ils sont partis pour Salonique. Quels soldats admirables ! » C’est pour vous, Messieurs les réfugiés, que j’ai cité ce fragment de lettres. Il ranimerait vos espérances, votre foi dans l’avenir de votre pays si elle avait besoin d’être ranimée. Que du moins il contribue à cicatriser les plaies de vos âmes meurtries et les emplisse d’un légitime orgueil ! Je vous ai dit, Mesdames et Messieurs, que la vie matérielle de nos réfugiés était assurée, c’est-à-dire le nécessaire. Toutefois, ceux qui les approchent avaient cru s’apercevoir qu’il en était parmi eux de plus éprouvés que d’autres, à qui manquait un peu de ce superflu dont les habitudes d’une existence confortable font presque une nécessité. De là, l’idée touchante dont l’honneur revient à M. le Sous-Préfet d’Yvetot et à Mme Piettre d’organiser cette réunion dont nos réfugiés seraient les protagonistes et dont le profit leur vaudrait un peu plus de bien-être. Mais quand on a sollicité leur concours en leur disant pourquoi, ils ont déclaré qu’il le donnerait avec joie, mais en témoignage de gratitude envers la France et au bénéfice de la Croix-Rouge française. — Quant à nous, ont-ils dit, nous n’avons besoin de rien, les moins malheureux s’étant entendus entre eux pour venir en aide à ceux qui le sont davantage. C’était un beau geste, Mesdames et Messieurs, un révélateur de ce que peut contenir de noblesse et de dignité l’âme des proscrits quand ils souffrent pour une grande cause. Il a bien fallu s’y soumettre. — Soit, au bénéfice de la Croix-Rouge française, a-t-on répondu, mais aussi à celui de la Croix-Rouge serbe. Voilà mes chers compatriotes, toute la genèse de la réunion d’aujourd’hui. Elle ne me laisse rien à ajouter. Si j’étais ainsi à la table d’un festin, je lèverais mon verre à la résurrection victorieuse de la Serbie. Associez-vous à ce toast idéal en applaudissant au spectacle qui va vous être donné.

Compte-rendu du concert

Venir en France et la connaître, c’était le rêve de nous tous. Et ce qui n’était pas possible à beaucoup d’entre nous pendant la paix, nous est destiné pendant la guerre, au moment de nos plus grands malheurs nationaux et particuliers. Pour l’avenir de nos familles restées dans nos maisons, avec nos biens, nous partîmes nombreux pour fuir l’invasion, loin de l’ennemi commun ; mais arriver en France ceux d’entre nous, seulement, qui eurent la chance de résister aux souffrances de toutes sortes : faim, froid, fatigue, endurées en Albanie, et ceux qui purent se défendre des attaques des Albanais. Nous sommes maintenant dispersés par groupes plus ou moins nombreux dans différents points de la France, notre seconde patrie, où nous sommes reçus aussi bien qu’il est possible de l’être et il est bien certain que nous ici, aux Petites-Dalles, le somme mieux encore que partout ailleurs. Ce qu’on fait pour nous et la façon dont le font Monsieur le Sous-Préfet d’Yvetot et madame Piettre, représentants du Gouvernement Français, ainsi que Monsieur Certain, maire de Sassetot, nous obligent pour toute notre vie et nous ne les oublierons jamais. La générosité du peuple français sera racontée, chez nous, de génération en génération.

 

Vladislav Petkovic Dis

Grand poète serbe

Mesdames, Messieurs,
Quand le grand jour sera venu pour nous de retourner dans notre patrie, nous quitterons la France, cet asile de repos et d’espoir.
Je vous en prie: gardez un bon souvenir de nous, car nous vous avons aimés, même alors que nous avons douté. Nous vous avons aimés, nous vous aimons, nous vous aimerons toujours, toujours.
Et demain, quand nous serons rentrés dans nos foyers, si nos mères sont encore en vie, elles nous accueilleront et nous demanderont : « Comment étiez-vous en France? » Nous leur répondrons : « Nous y étions bien ». Si nos femmes et nos soeurs sont encore en vie, elles nous accueilleront et nous demanderont « Comment étiez-vous en France ? » Nous leur répondrons « Nous y étions bien ». Si nos enfants, qui ont connu les plus grandes épreuves de ce monde, sont encore en vie, ils nous accueilleront aussi, mais leur bouche ne saura pas nous poser cette question ; ils nous demanderont tout simplement « Où est donc cette France ? ».
Au lieu de leur répondre, nous mettrons la main sur notre cœur et nous leur dirons : « Voilà, la France est ici ! », et nos enfants nous comprendront bien.Mesdames, Messieurs, vive la France !

Vladislav Petkovic Dis

Compte rendu du concert des Petites Dalles

Les premiers réfugiés serbes sont arrivés dans cette colonie, aux Grandes-Dalles, le 27 janvier 1916 (n. s.), le jour de Saint-Sava Serbe et, de ce jour jusqu’à aujourd’hui, nous fûmes 133. Aujourd’hui, la colonie compte 83 personnes, dont 23 dames et 60 messieurs. La colonie a déménagé des Grandes-Dalles aux Petites-Dalles le 23 mai 1916, installée à l’hôtel des Pavillons et à la villa Kermor, d’une façon telle que l’on ne croirait pas à une colonie de réfugiés. Accueillis chaque jour comme de bon et vieux amis, nous avons pu nous ressaisir et préparer un concert au profit de la Croix-Rouge Française et Serbe. Le concert qui a eu lieu le 24 août, à 3 heures, a eu un tel succès qu’il a dû être redonné le même soir à 9 heures. La recette totale des deux concerts et de 1.384,80 fr., dont une somme de 1000 fr. est remise à Monsieur Piettre pour envoyer 500 fr. au général Sarrail, à Salonique, pour la Croix-Rouge Serbe et 500 fr. pour la Croix-Rouge Française à Yvetot. A cette occasion, au nom des membres de la colonie, je remercie tous les auditeurs et plus particulièrement M. Ernest Daudet pour son intéressante causerie pour laquelle cette brochure est imprimée, ainsi que les autres personnes qui ont pris part au concert, notamment Mademoiselle Piettre qui en a organisé une grande partie et a fait beaucoup pour son succès, ainsi que Mesdemoiselles Giron, Nicole Anckier, Duval, Leroyer, Monsieur Francin, Mesdemoiselles Schaeffer, Bredaut qui ont bien voulu prêter leur concours.De même, au nom des membres de la colonie, je remercie Monsieur le Préfet de la Seine-Inférieure et Madame Morain qui ne nous oublient pas quoique n’étant pas tout près de nous, Monsieur le Sous-Préfet d’Yvetot, Madame et Mademoiselle Piettre, qui viennent nous voir journellement et font pour nous tout ce qui est possible de faire, Monsieur et Madame Certain, Monsieur Bourdon, qui s’occupent de la colonie et s’empressent toujours pour nous être agréables. Nous ne pouvons pas laisser passer cette occasion sans remercier : M. Alfred Morain, Préfet de la Seine-Inférieure ; Madame et M. Piettre, Sous-Préfet Yvetot ; M. H.-O. Beatty, directeur général de l’ American Relief Clearing Hause (5, rue François-Ier, à Paris) ; M. Lepicard, maire de Canouville ; M. Leconte, représentant de la Bénédictine de Fécamp ; M. Pesquet, percepteur à Lillebonne ; Mme Greulich ; M. Cochaux, de Paris, dont les dons en argent comptant font une somme de 700 francs, qui est distribuée aux réfugiés de la Colonie les plus nécessiteux par M. Certain, maire, ou par le directeur de la Colonie. L’ American Relief Clearing Hause et son directeur général M. H.-O. Beatty, par l’intermédiaire duquel nous recevons des nobles Américains des dons en vêtements, linge, chaussures, etc., pour dames, messieurs et enfants, et dont, par Madame Piettre, nous avons, jusqu’à présent, reçu 2.393 articles, distribué 1.830 articles ; il reste à distribuer encore 563. M. Bourdon, le directeur d’Ecole ; Mlle S. Dutot, directrice d’Ecole ; Mlle Fautrat, institutrice ; Mlle A. Delettre, institutrice, qui, pendant plusieurs mois, ont donné des leçons de français aux membres de la colonie. Les rédactions du Temps, du Journal des Débats, du Figaro, du Matin, du Journal, de l’Illustration, des Annales Politiques et Littéraires, de la Femme chez elle, qui envoient régulièrement leurs journaux gratuitement. Les éditeurs de musique : MM. Heugel, Choudens, Max Eschig, Marcel Labbé, Enoch et Cie, qui ont envoyé des partitions.

Vive la Serbie, notre Patrie ! Vive la France, notre seconde patrie !

D. Pavlovitch

Carte postale envoyée de la colonie serbe des Petites Dalles

’’Avec mes salutations et un baisemain à Madame, mes meilleurs souvenirs pour vous et les autres . Nikola Jelovac’’

ALLOCUTION

DU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE DE SERBIE

A LA RÉCEPTION DONNÉE PAR L’AMBASSADEUR FRANÇAIS

A L’OCCASION DU CENTENAIRE DE LA PREMIÈRE GUERRE

MONDIALE

Belgrade, le 12 juin 2014

 

Excellence, Honorables membres du gouvernement,

Mesdames et Messieurs, chers amis,

 

La grande guerre était précurseur, la première guerre mondiale dure et atroce, qui nous a averti, pas suffisamment il est vrai, par le biais de ces abominables images et ses destructions et victimes inouïes. Les souvenirs terrifiants ont englouti notre mémoire si bien qu’il fut honteux de mémoriser le peu de beau et de sublime engendré par la guerre. Sur cette courte liste du sublime et du beau il nous reste pour toujours l’amitié des Serbes et des Français forgée dans l’héroïsme, dans les blessures et les morts partagées.

 

Toute beauté, toute amitié y compris la notre, connait les défis amenés par le temps écoulè, la faiblesse de souvenir retenu ou les circonstances. La Serbie n’oublie pas l’amitié, elle en fait juste le deuil lorsque les autres y passe outre. Nous avons surmonté le gouffre de la fin du siècle dernier mais nous ne devons pas le laisser rouvrir dans la tentative d’une différente lecture des faits historiques relatifs à notre passé conjoint – la Première guerre mondiale. C’est pourquoi notre rencontre ce soir je la vois comme des retrouvailles entre amis, prêts à défendre fièrement la mémoire de l’héroïsme de leurs aïeuls, des souffrances et des martyrs conjoints, des percées et des victoires.

Nous serions les descendants fautifs envers nos ancêtres si nous n’œuvrions pas à la promotion de l’amitié héritée. Les événements récents confirment une telle voie.

Le feu et l’eau sont bons serviteurs, mais mauvais maitres, dit le vieux proverbe. Combien l’homme apparait impuissant et faible devant la nature en maitre absolu, c’est ce que mon pays vient d’expérimenter. Dans cette terrible épreuve on a vu que nous avions des amis dans les quatre coins du monde. L’aide apportée par la France, notamment l’engagement personnel du Président François Hollande à organiser une conférence des donateurs pour le renouveau de la Serbie, est un effort attendu et naturel déployé par un ami, pour lequel nous serons toujours reconnaissants. C’est la preuve que nous sommes dignes de nos ancêtres, que nous n’avons pas trahi le serment d’amitié qui nous est resté comme l’héritage commun rayonnant et la tradition de la Grande Guerre.

Sur le caractère, la sincérité et la grandeur de l’amitié entre les Serbes et les Français, nos descendants apprendront plus des vers d’Edmond Rostand, du poème de Jean Richepin « Salut à la Serbie », des articles inspires des plus gros journaux européens, que des ouvrages historiques. Enfin, nombre de pages des mots touchants sur les Serbes et l’armée serbe sont sorties de la plume du général de l’armée française  Franchet d’Esperey ou l’amiral Émile Guepratte, dont les noms sont prononcés en Serbie avec tant d’amour et de résonance mythique, tels les noms des héros du Kosovo.

 

«Je souligne notre admiration pour les troupes serbes qui en faisant la percée se sont précipitées avec une ardeur admirable, en avant, dans leur patrie», écrit Franchet d’Esperey. «Ce sont des troupes magnifiques et je suis fier de les avoir menées, épaule à épaule avec l’armée française, jusqu’à la libération de leur patrie.»

 

Toutefois, afin de comprendre l’attachement qui découle du cœur et y aboutit également, qui est tant militaire qu’humain, j’ai choisi une dépêche brève aussi personnelle et sublime que celle que l’on envoie à un proche, à la famille, et pour finir, les paroles de Dis. Le Francais Emile Guepratte a adressé ces paroles à la Serbe blessée Milunka Savić: «Fiston, guéris au plus vite, c’est la France qui te le demande!»

Lors du concert organisé pour la colonie serbe aux Petites Dalles, sur la cote de La Manche, le 26 août 1916, Vladislav Petković Dis déclama: Et demain, quand nous serons rentrés dans nos foyers, si nos mères sont encore en vie, elles nous accueilleront et nous demanderont: «Comment étiez-vous en France?» Nous leur répondrons: «Nous y étions bien». Si nos femmes et nos sœurs sont encore en vie, elles nous accueilleront et nous demanderont «Comment étiez vous en France?» Nous leur répondrons «Nous y étions bien». Si nos enfants, qui ont connu les plus grandes épreuves de ce monde, sont encore en vie, ils nous accueilleront aussi, mais leur bouche ne saura pas nous poser cette question; ils nous demanderont tout simplement «Où est donc cette France?». Au lieu de leur répondre, nous mettrons la main sur notre cœur et nous leur dirons: « Voilà, la France est ici !», et nos enfants nous comprendront bien.

Le Général Leman en Normandie

 

Le 10 janvier 1914, Le Premier Ministre le comte de Broqueville faisait savoir au général Léman qu’il avait songé à lui pour remplir les fonctions de commandant de la 3 Division d’Armée et de la position fortifiée de Liège.

Le 17 janvier, le général Léman remet au ministre un résumé de ses réflexions personnelles. Après avoir, avec une conscience scrupuleuse, examiné le rôle que devraient lui assigner en temps de guerre ses aptitudes particulières, il conclut : « A mon avis, ma désignation pour la 3 Division d’Armée serait une faute au point de vue de la défense nationale. »

Le 21 janvier, le ministre lui répond : « Il me peine beaucoup, mon cher Léman, de devoir vous imposer pareil sacrifice; mais vous avez le cœur trop haut « placé pour ne pas comprendre que, surtout pour un a ministre, la voix du devoir doive faire taire celle de « l’amitié, si pénible soit-il. Vous êtes en ce moment le seul homme qui puissiez occuper cette haute situation avec l’ensemble des qualités requises, qui y sont absolument nécessaires. »

Désigné définitivement pour prendre le commandement de la 3 Division d’Armée et de la position fortifiée de Liège, le général Léman quitte l’Ecole militaire le 31 janvier 1914.

Depuis de longues années, Léman avait prédit le danger venant de l’Est. Il était convaincu que ce danger devenait chaque jour de plus en plus menaçant. Aussi, dès son arrivée à Liège, il ne perd pas un instant. Il se met avant tout en devoir de renforcer l’instruction de ses troupes et d’exiger une discipline plus stricte ; il impose et surveille la parfaite mise en état des forts. Il infuse à sa division un esprit nouveau.

Tout, ou presque tout, est à faire quand le général Léman arrive à Liège; la préparation de la place était absolument insuffisante. A l’indigence des moyens matériels il supplée par les ressources inépuisables de son activité. Sa mission est rendue très difficile par le fait qu’il commande une position construite d’après une conception qu’il condamne : parlant, en effet, des idées de Brialmont sur la défense de la Belgique, Léman, malgré son admiration pour son grand maître dit : « Je suis l’adversaire résolu du système qui consiste à fortifier un point stratégique par un chapelet de forts isolés; adversaire aussi du système consistant à garnir les forts de grosse artillerie. J’en ai fait la déclaration formelle à Brialmont lui-même, et quand j’ai pris la « direction des études à l’Ecole Militaire, j’ai combattu à outrance ces systèmes vicieux. Pour Léman, l’artillerie doit être mobile et être placée en arrière de tranchées continues dans les intervalles des forts. Ceux-ci munis d’armes automatiques, doivent jouer le rôle d’ouvrages d’infanterie particulièrement puissants.

Les événements de 1914, la défense de Verdun, l’expérience de toute la guerre lui ont donné raison.

Pareille transformation de la place ne pouvait être faite en quelques mois; elle aurait constitué une véritable révolution de notre système de défense; or, il fallait aller au plus pressé. Tout en s’occupant activement de renforcer la défense de la place il veille à ce que sa garnison soit constamment en manœuvres. Un jour qu’il galopait sur la crête de Sart-Tilmant, crête dominant à la fois la vallée de la Meuse et celle de l’Ourthe: « C’est par là qu’ils nous attaqueront » dit-il à son état-major. Quelques semaines plus tard, c’était par là qu’ils nous attaquaient.

Dès l’attentat de Sarajevo, il est convaincu de l’attaque imminente. Il redouble d’activité et, mettant à contribution les talents et l’initiative de chacun, se sert de toutes les bonnes volontés que groupe autour de lui son puissant ascendant. Il réquisitionne des ouvriers civils. Il se plaisait à répéter avec quel patriotisme la population de Liège et des faubourgs lui avait été dévouée. Cependant devant toutes les mesures nouvelles et catégoriques qu’il prend, des objections administratives lui sont adressées ; il les néglige, tant il a conscience de sa mission, et il va de l’avant. Il avait fait miner les ponts, les tunnels et les routes. Les moissons qui étaient dans le champ d’observation de l’artillerie furent détruites, les bois et les maisons rasés.

Voici le soldat rendu tout entier à sa vocation première par l’imminence de l’agression. L’atavisme avait mis en lui un cœur de guerrier, sa longue vie d’enseignement a développé ses aptitudes de conducteur d’hommes. Il va donner la mesure de sa valeur.

Il faut citer ici, à l’éternelle louange du défenseur de Liège, les justes paroles d’un journaliste belge: « Léman a été l’organisateur et le préparateur. C’est son titre de gloire. Personne ne le lui ravira. Il aimait passionnément son métier de soldat et de chef. Toute sa vie, par l’étude, les exercices physiques, la méditation solitaire, il s’était préparé en vue de l’heure formidable où il pourrait être appelé à défendre une place forte ou à commander une armée. Rien ne s’improvise en ce bas monde, la part du hasard est infiniment moins grande que le vulgaire ne le croit. La défense de Liège a été la résultante de quarante ans d’étude, de discipline, d’un constant et énergique effort. Quand vint le moment de faire ses preuves et de donner sa mesure, Léman, esprit ouvert et cultivé, ardent soldat, chef rigoureux et autoritaire, se trouva prêt (M. Fernand Neuray, La Nation belge du 22 octobre 1921).

Avec la 3° Division, la 15 brigade et la garnison de la place et des forts, il arrêtera la puissante armée de von Emmich. Avec quatre escadrons de lanciers de 90 chevaux chacun, il surveillera 35 kilomètres de frontières. Le 2 août au soir, l’ultimatum de l’Allemagne est remis au ministre des Affaires étrangères de Belgique. Dans la même nuit parvient au ministre d’Allemagne la fière réponse du gouvernement belge. Le 4 août les Allemands passent la frontière. Le général Léman ne dispose que d’une trentaine de mille hommes pour couvrir la place. Les colonnes d’assaut tentent immédiatement de franchir les intervalles des forts. Avec des forces infiniment inférieures, les détachements belges les arrêtent, et le général-major Bertrand, exécutant les ordres de son chef, repousse les Allemands dans le sanglant combat de Rabozée. Les Allemands se retirent avec des pertes importantes. Ce fut l’éternel regret du général Léman de n’avoir pu disposer à ce moment des réserves nécessaires pour poursuivre l’ennemi et tirer ainsi parti de ce splendide succès. Il frémissait encore de colère en disant la rage qui s’empare d’un chef devant une impuissance aussi cruelle.

Des bureaux de l ‘état-major, établis rue Sainte-Foix, le général Léman avec une promptitude stupéfiante, règle tous les détails de la défense et au milieu de difficultés simultanées, donne des milliers d’ordres. On lui communique téléphoniquement des renseignements qu’il devine faux; une intuition certaine l’avertit de la présence au téléphone d’espions allemands. Il lui faut déjouer les manœuvres de cette troupe clandestine d’espions qui se terre autour de lui, découvrir instantané- ment le faux du vrai, agir avec obstination dans cette lutte sans espoir. Léman est réellement l’âme de la défense ; ses forces vives rayonnent ; on sent partout sa volonté. Les Allemands connaissent si bien la valeur de ce chef, qu’ils vont tenter de s’emparer de lui.

Le 6 août a lieu l’attentat de la rue Sainte-Foix; quelques heures après le général Léman fixe au fort de Loncin son poste de commandement.

Au lieu de se retirer de Liège en prenant le commandement de sa division, il estime que son devoir est de conserver le gouvernement militaire de la place, afin de coordonner la défense et d’exercer une action morale sur les garnisons des forts. Sa présence dans le fort de Loncin a une portée dépassant de beaucoup celle que l’on serait tenté d’abord de lui attribuer. Le fait de s’y enfermer implique, en effet, pour tous les forts, l’ordre immuable de tenir et de résister jusqu’à l’ultime limite.

Il y a quelques mois, le Roi, dans un discours à l’Ecole militaire, a jugé en ces nobles termes, l’héroïque sacrifice de Léman : « En s’enfermant dans le fort de Loncin, le général Léman a donné un exemple de résolution et de sacrifice que la postérité retiendra comme un acte de « pur héroïsme. »

Cependant les troupes fraîches allemandes, grâce à leur supériorité numérique, menacent de déborder la position à la fois par le nord et par le sud. Le 6 août dans la journée, la 3 division et la 15 brigade après s’être battues avec acharnement sur la ligne des forts les 4 et 5 août, et le 6 au matin, sont obligées de battre en retraite. Le général Léman a confié le commandement de la retraite au général Bertrand, le vainqueur de Rabosée (La bataille de Rabosée en Belgique fut la première bataille où les troupes belges entrèrent en contact avec les forces allemandes durant la Première Guerre mondiale).

Les forts continuent à tenir, paralysant la marche du gros de l’armée ennemie; l’Allemand pour les réduire amène son artillerie de siège, et, les uns après les autres, ils sont démolis après une héroïque résistance. Toutefois Loncin résiste encore. Le fort, qui est placé sous les ordres du commandant d’artillerie Naessens, bat de ses feux la route et la voie ferrée de Bruxelles ; il est le principal obstacle qui s’oppose encore à l’avance des armées de l’envahisseur.

Le 15 août, un choc effroyable secoue le fort. Le général Léman monte sur le glacis, ramasse un morceau de projectile et reconnaît un éclat d’obus de 42. Il savait que nos forts n’avaient pas été construits pour résister à des projectiles de cette puissance; il n’y avait plus d’illusions à se faire. Peu après, d’autres obus de même calibre tombent sur le fort; le dernier met le feu au magasin aux poudres; le fort saute, et on ramasse Léman évanoui, gravement blessé, et le corps couvert de brûlures.

Le général Léman, lorsqu’il évoquait ces heures tragiques, contait avec une émotion profonde l’enthousiasme qui avait enflammé les artilleurs pendant cette lutte acharnée ; leurs cris de « Vive le Roi » à chaque coup de canon qui portait.

« La veille du 15 août, écrit Léman, la mort était proche, les hommes le savaient. Les misérables paroles humaines devenaient impuissantes. Il fallait à ceux qui allaient mourir un plus haut aliment : ceux qui croyaient en Dieu reçurent leur pain de vie dans un recueillement grave qui me saisit de respect : chacun de nous éleva son âme vers un espoir éternel. L’être humain altéré de lumière sent, aux heures tragiques, l’impérieux besoin de quelque haut et possible idéal. »

Une énergie surhumaine, nourrie par l’exaltation patriotique soutenait les hommes dans cet antre obscur, par une écrasante chaleur, dans cet enfer où les gaz de la poudre serraient la gorge, où un tonnerre indescriptible ébranlait les murailles.

Dans une lettre du 14 mai 1918, adressée à un ami, le général Léman dit: « La mort était là certaine; je « pensai à ma mère, à mes enfants; ensuite je pus intégralement m’abstraire. La sérénité absolue entra en « moi et y demeura. Qu’un homme est fort quand il « domine la mort. »

Lorsqu’on releva Léman et qu’il reprit connaissance, s’avança vers lui un officier allemand qui lui donna à boire. Prenons ici son carnet de notes écrit en captivité.

« Le Capitaine Grüson, du 163 régiment d’infanterie allemande, m’a porté secours au fort de Loncin et m’a ensuite fait prisonnier. » La première parole du blessé, en reprenant connaissance, fut pour demander que le rapport relatant sa captivité mentionnât qu’il avait été fait prisonnier hors d’état de combattre.

Le général Léman fut conduit au Palais des Princes- Évêques de Liège. C’est là que le commandant de l’armée allemande de la Meuse, le général von Emmich, lui adressa ses félicitations pour la belle défense de la place. C’est là aussi que le gouverneur militaire de Liège, le général von Kolewe, lui remit, sur l’ordre de son empereur, un sabre en témoignage d’admiration. Le rapport de l’état-major allemand dit: « Il est juste, il est équitable que l’on ne refuse pas au courageux adversaire qu’est le général Léman, de reconnaître ses mérites. »

Ce double hommage de l’ennemi est la reconnaissance de la valeur supérieure d’un chef et le plus noble éloge qu’on puisse en faire.

« Fait prisonnier à Loncin, écrit le général Léman, et amené blessé au Palais des Princes-Evêques, je vis par la fenêtre défiler sur la place de nombreuses divisions allemandes en un admirable état d’équipement, et je songeai au nombre restreint d’hommes que nous avions à opposer à ces troupes fraîches et nombreuses.»

Imaginons la douleur qui devait étreindre le cœur du guerrier. Sa résistance opiniâtre n’a pu empêcher l’ennemi de pénétrer dans le pays. Ces légions de soldats vont se répandre sur la terre belge, y apporter partout la ruine et la mort. Il songe au passé. Toute sa vie a été consacrée, dans le travail ardent, à la préparation de cette poignée d’officiers qui vont aller à la mort. Un groupe de patriotes a vainement essayé de faire comprendre au pays les sacrifices nécessaires à la formation d’une armée nombreuse et bien outillée. Ce petit groupe est resté isolé, séparé de la masse. Le pays va payer aujourd’hui son indifférence. Lui, il va vers la captivité, oublieux de son sort personnel, mais plongé dans la vision douloureuse de sa Patrie ensanglantée.

C’est au Palais des Princes-Evêques que Léman écrit au Roi la lettre dont les sublimes paroles ont remué les âmes jusqu’aux confins du monde civilisé.

Le 18 août, le général Léman ( in carnet de captivité ) est dirigé vers l’Allemagne. : « Le major Bayer, du 27 régiment d’infanterie allemande,  m’a conduit à Cologne. C’est un Badois très gentil- homme. Il était accompagné de son adjoint. On m’avait  laissé mon adjoint, le capitaine-commandant Collard, et mon ordonnance Charles Vanden  Bossche. A Juliers, « en traversant la ville en auto, je faillis être écharpé par la population. Aux portes de Cologne, où j’arrivai  le 19, la même chose recommença, mais plus violemment, et j’aurais certes été écharpé sans la protection du major Bayer. Le 24 arrivaient des ordres formels pour me transporter à la forteresse de Magdebourg. Je partis en chemin de fer pour Magdebourg, accompagné du capitaine-commandant Collard, d’un lieutenant allemand appelé Steins, et de mon ordonnance. »

Au mépris de tous les usages de la guerre, le général Léman fut mis au secret pendant des mois. C’est au mois de février 1915 seulement qu’il eut connaissance de la victoire de la Marne. Le 7 avril 1915, il fut transféré de Magdebourg à Blankenbourg, près de Berlin, où il reste jusqu’en décembre 1917. Pendant (trois ans et quatre mois, le général Léman demeura en captivité). Sa santé, ébranlée déjà par le choc de Loncin, est gravement compromise. Le régime des prisonniers n’est guère celui qui lui convient. Les lésions contractées à Loncin s’accentuent. Il souffre, et il sait que sur une simple demande on le remettrait en liberté. Cette demande, il ne la fera pas.

Il travaille, lit, fait des cours aux officiers, ses compagnons de captivité, les réunit, relève les courages. Il ne perd pas une occasion de parler du devoir, de la Patrie, du Roi. Ses forces morales rayonnent autour de lui, et il est dans sa cellule l’âme de la résistance passive à l’ennemi, comme il fut à Liège l’âme de la résistance active.

Cependant à la fin de novembre 1917, son état donne de sérieuses inquiétudes. Ses geôliers s’alarment, et craignant une fin tragique, d’eux-mêmes lui rendent la liberté le 9 décembre 1917. Léman quitte Blankenbourg, est retenu dix jours à Heidelberg et gagne la Suisse. Grace à la reine Elisabeth, il s’installe à Socx, près de Bergues, pour se soumettre à un traitement rationnel dirigé par le Dr Nolf. Le général Léman y reste six semaines.

Le 17 février 1918 le Général Leman arrive à Paris (Le Miroir)

 

Le 13 mai le général Leman est à Rouen Pour être opéré à l’hôpital belge de Bonsecours d’une complication de son intervention sur le pied.

 

l’état de santé du général Léman s’améliora suffisamment pour qu’il pût reprendre ses travaux et s’installer à Etretat, où il resta jusqu’au 7 novembre.

 

Le 21 juillet, à Sainte Adresse, la fête nationale Belge1918 est célébrée en grande pompe. Le gouvernement Belge ayant décidé d’organiser à cette occasion une réception solennelle en l’honneur du lieutenant-généra Leman. Celle-ci correspondait aussi avec la première assemblée plénière de l’Amicale des Parlementaires belges résident de la Belgique envahie.

Toutes les autorités des pays alliés en résidence au Havre s’y associèrent.

    

Sources :

Le Général Leman; Louise Ganshof van der Meersch,Le Flambo 1921

La fête Nationale Belge à Sainte-Adresse, ed Berger-Levrault, Paris 1918

Archives Dr Jérôme Seyer

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L’AMÉNAGEMENT D’UN ARRONDISSEMENT ( Yvetot) POUR L’ASSISTANCE DE GUERRE

L’arrondissement d’Yvetot qui, par sa situation entre le Havre et Rouen, semblait voué à un rôle accessoire dans l’organisation des œuvres de guerre, a, grâce à la générosité américaine, suscitée par M. le sous-préfet d’Yvetot et Mme Piettre, pendant près de trois ans, offert un exemple original et peut être unique du fonctionnement d’un ensemble de services d’assistance sociale méritant de retenir l’attention du monde des philanthropes.

Le point de départ a été la nécessité de faire face à une situation angoissante : c’était au mois d’août 1914, un groupe de 202 enfants de la frontière d’Alsace; convoyés par quatre délégués de leurs familles, vint échouer à Yvetot, sans ressources, dans des conditions où il était indispensable de pourvoir, au moins momentanément, à leur entretien sur place.

Tandis que ces enfants étaient installés’ dans un immeuble départemental, ancienne institution ecclésiastique d’Yvetot, un autre besoin se faisait sentir, celui d’avoir un hôpital pour la Croix-Rouge. Cet hôpital fut installé dans ce qui restait disponible des bâtiments du même immeuble, au moyen d’une souscription locale qui atteignit 80.000 francs (l’hôpital comprit 152 lits).

Une formation sanitaire en appelle une autre. Le Service de Santé de la troisième région, cherchant un local pour installer un hôpital franco-américain, destiné aux blessés francs, les enfants cédèrent la place aux militaires et furent installés à la campagne, dans un château appartenant à la ville du Havre et qui était habituellement affecté à une colonie de vacances. La ville du Havre mit gracieusement le château à la disposition de la colonie d’enfants. Quant au nouvel hôpital militaire, son installation et son entretien furent assurés par le Comité anglo-américain qui dépensa d’abord près de 200.000 francs, pour mettre l’immeuble en état et pourvoir aussi à l’entretien des lits, au nombre de 280.

Cette triple organisation avait été mise sur pied par Mme Piettre, femme du sous-préfet d’Yvetot. Elle-même s’était occupée personnellement de toute l’installation et en assurait le fonctionnement.

A ce moment, le Gouvernement belge, ayant à faire abriter des milliers d’enfants provenant de la région de l’Yser, ne crut pouvoir mieux faire que de s’adresser à M. et Mme Piettre, pour obtenir, à la fois, les locaux nécessaires pour les installer et les éléments d’organisation des premières colonies. De hautes personnalités belges, notamment Mme Carton de Viart et M. Berryer, ministre de l’Intérieur, en suivent de près le fonctionnement.

Ces colonies d’enfants belges commencèrent sous le patronage de M. Berryer, à Caudebec-en-Caux, où elles furent inaugurées par un éloquent appel du sous-préfet à la population.

Elles se continuèrent à Ouville-l’Abbaye et aux Grandes-Dalles, se multiplièrent au fur et à mesure des arrivées et finirent par atteindre le chiffre de 23 colonies.

Pour leur service général, un économat central fut installé à Yvetot, dont la gestion fut confiée à M. Abbrechts qui réunit les dons en argent et en nature provenant de la générosité publique.

Sur les entrefaites, l’Etat français, qui s’était chargé d’assurer le logement des évacués de la zone de feu, eut à rechercher d’urgence les moyens d’installer à l’abri du bombardement les vieillards des hôpitaux d’Hpuplines et d’Armentières. On sait qu’à ce moment le service des évacués et des réfugiés battait son plein, qu’avec peine on trouvait sur l’ensemble de la France des locaux pour le placement des réfugiés, même en faisant appel aux maisons particulières. Ce fut à la sous-préfecture d’Yvetot que le ministre de l’Intérieur s’adressa pour improviser ces deux hospices, en vertu de ce principe que c’est aux endroits où l’on abrite déjà le plus d’assistés qu’il est le plus facile de trouver à en loger encore.

Le problème était cependant assez malaisé à résoudre. Il le fut de la façon suivante : Les vieillards de l’hospice d’Houplines furent installés, hommes et femmes, dans une usine en ruines, dont l’appropriation fut obtenue subitement comme par un coup de baguette de fée. Ces vieillards étaient au nombre de 140. Quant aux vieillards de l’hospice d’Armentières, comprenant également les deux sexes, ils prirent place avec le personnel desservant, y compris les religieuses et l’aumônier, dans un hôtel d’une station balnéaire de l’arrondissement, à Saint-Pierre-en-Port, Où ils sont encore, au nombre de 300.

Ce tour de force habitua l’Administration supérieure à avoir recours à l’arrondissement d’Yvetot pour les placements laborieux; aussi, quand il s’agit d’inaugurer les colonies des familles serbes, c’est encore l’arrondissement d’Yvetot qui eut l’honneur de recevoir les premières, lesquelles occupèrent une pension de famille située dans une autre station balnéaire : Les Petites-Dalles.

Ainsi, une Commission alsacienne, envoyée par « le Secours national », à la tête de laquelle se trouvaient MM. l’abbé Wetterlé et Helmer, s’étant intéressée à la visite de l’établissement de Grosfys, demanda à ses organisateurs de lui installer une colonie d’enfants alsaciens, dont le nombre fut de 100.

Cette colonie fut installée à Varengeville-sur-Mer, débordant de l’arrondissement d’Yvetot, mais dépendant de l’Administration générale de l’œuvre dont le trésorier fut M. Prévost, percepteur à Yvetot. Celui-ci centralisa toute la partie financière du service et fut même l’intermédiaire unique pour les fonds provenant du département et de l’État.

Enfin, quand il s’agit d’instituer des dépôts d’éclopés, le sous-préfet d’Yvetot fut encore mis à contribution et il trouva des locaux appropriés à Yvetot même, Doudeville, Saint-Valéry, Pour près de 2.000 d’entre eux.

Il faut ajouter à cette énumération la création d’un hôpital américain à Saint-Valéry, de 180 lits.

N’oublions pas non plus un dernier type d’œuvre de guerre, la maison de convalescents de Veules-les-Roses, pour grands blessés.

Afin de faire marcher ces organisations multiples et complexes, il avait fallu, non seulement trouver, pour chaque catégorie de secourus, des locaux appropriés et suffisants, et cela n’avait pas été facile pour les colonies de l’Yser qui ont abrité plus de 2.000 enfants, tous fréquentant l’école, mais encore se procurer le mobilier et les ustensiles nécessaires, fournir aux assistés du linge et des vêtements, sans compter les jouets aux petits, les instruments de travail aux dentelières pour lesquelles des écoles furent organisées. Il fallait aussi et surtout se procurer des ressources pour le fonctionnement prolongé de ces divers services.

Le Gouvernement français avait bien pris en charge l’évacuation des hospices d’Houplines et d’Armentières, ainsi que la constitution des colonies serbes et les allocations à certaines catégories de réfugiés; mais, d’une part, les sommes fournies pour l’installation par le budget du ministère de l’Intérieur avaient besoin d’être complétées pour offrir aux malheureux évacués le bien-être souhaitable; d’autre part, les dépenses d’entretien de ces assistés appelaient aussi des suppléments.

Il y fut pourvu par un appel personnel adressé par M. et Mme Piettre à des bienfaiteurs américains de leurs relations.

C’est ainsi que, depuis la première heure, M. Frédéric-René Coudert, l’avocat international bien connu, grand ami de la France; M. H. 0. Beatty, directeur général de l’American Relief Clearing House; Mme « rithney Warren, Mme Copper Hewett, Mme Wood Bliss, M. Jaccaci, Mme Bellenger, Mlle Gladys Hollingsworth, et beaucoup d’autres dont les noms ne sont pas connus, manifestèrent, de la façon la plus généreuse, leur sympathie active pour notre pays.

L’entretien de l’hôpital de l’Alliance fut obtenu d’une façon vraiment touchante : chaque lit eut ses dépenses journalières couvertes par des collectes d’un groupe d’ouvriers anglais, appartenant à une même usine. 1 La libéralité des habitants du pays s’exerçait aussi, sous diverses formes et sur divers points, en faveur des enfants; mais c’est surtout de l’Amérique que nous vinrent les sommes importantes et les dons en nature qui allèrent jusqu’à permettre d’entretenir complètement et d’une façon indéfinie un certain nombre de ces enfants.

Il n’est pas possible de chiffrer l’importance des vêtements distribués qui arrivèrent, en caisses nombreuses et successives, Pour approvisionner le vestiaire.

Il faut cependant noter que des layettes furent données à discrétion, non seulement aux hospitalisées de l’Œuvre, mais encore aux femmes des mobilisés, indigentes, les plus intéressantes dans tout le département.

Sur ce service en est venu se greffer un autre, d’une grande ampleur, puisque celui-là s’étend à la France entière, mais se rattache à l’arrondissement d’Yvetot, puisqu’il y eut sa base et que c’est Mme Piettre qui l’a fondé, avec le concours de MlIe Gladys Hollingsworth de New-York, c’est l’œuvre intitulée : « Pour les enfants, les marraines de guerre », laquelle a ceci de Particulier, de véritablement intéressant, que chaque enfant est pris en charge individuellement par une bienfaitrice américaine qui correspond avec lui, lorsqu’il est capable d’écrire, Ou, à défaut, avec sa famille. Elle se fait rendre compte de emploi de la mensualité de 30 francs, qui se trouve ainsi Individualisée, et elle est renseignée sur les résultats obtenus dans chaque cas.

Ce service des Marraines a été l’occasion de constatations Caractéristiques. Mme Piettre a reçu des lettres exquises de certaines bienfaitrices. Cel’a montre que, bien avant d’être avec nous par l’alliance des armes, l’Amérique avait son cœur près du nôtre.

depuis la récente nomination de M. Piettre à la sous-préfecture d’Abbeville, l’Œuvre des marraines pour enfants continue  toujours, sous les auspices de Mme Piettre, et son siège social a été transféré dans cette ville.

Les comptes des sommes encaissées et des sommes dépensées Ont été tenus au jour le jour et sont appuyés de pièces justificatives. Ils comprennent trois comptabilités, se rapportant respectivement aux catégories d’assistés entretenus principalement sur des fonds privés.

La colonie alsacienne d’Yvetot a eu son compte arrêté sur une dépense totale de plus de 126.000 francs, sur lesquels environ 100.000 francs provenant directement d’Amérique.

La colonie alsacienne de Varengeville, spécialement entretenue par le Secours national, a dépensé plus de 40.000 francs et continue de fonctionner.

L’œuvre des marraines de guerre pour enfants n’est pas loin d’avoir encaissé 50.000 francs, sur lesquels une somme notable est en réserve pour faire face aux engagements à date plus ou moins longue, que la prévoyance américaine a généreusement souscrits.

Parmi les dépenses, les frais d’installation figurent en chiffres assez importants. On ne s’en étonnera pas, sachant qu’il a fallu faire vite, et dans des conditions si difficiles, qu’en définitive le coût en est encore comparativement bon marché. Quant aux frais d’administration, ils ont été relativement infimes, grâce à la simplicité de l’organisation et au désintéressement de la plupart des personnes qui y ont coopéré.

Louis FÉRON.

Conseiller général de la Seine-Inférieure.

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La Fabrication de prothèses dans l’atelier de Bonsecours.

L’atelier de prothèse orthopédique (fabrication des membres artificiels et des appareils orthopédiques), installé dans l’atelier des tramways de Rouen est l’œuvre entière du Médecin de Bataillon Georges Hendrix. Spécialisé déjà avant la guerre dans les questions d’orthopédie, cet officier du Service de Santé se consacra d’abord à établir des bases scientifiques pour l’étude d’appareils rationnels et réellement pratiques, étayant ses travaux sur son expérience qui l’a souvent inspiré. Secondé, lui aussi par des mutilés de la guerre, dont la collaboration lui fut particulièrement précieuse. La fabrication utilisera des matériaux simples et disponibles comme le bois.

Madame Hamers, épouse du Consul Belge à Rouen, dont l’infatigable dévouement a permis de recueillir les fonds nécessaires à l’achat de toutes les matières premières et à la fabrication des membres artificiels et des appareils de prothèse livrés à nos blessés depuis la création des Ateliers jusqu’au 23 juillet 1917, date à laquelle la gestion financière des Ateliers a été reprise par l’Etat Belge.
Nos ateliers de mécano électrothérapie et d’orthopédie sont subdivisés en 3 sections principales : mécanique et ajustage, modelage, sellerie et cordonnerie. Ils comportaient au début un outillage prêté par la ville de Rouen.

Ce local a été utilisé comme salle des fêtes par la commune de Bonsecours jusqu’à sa démolition.

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Les principes fondamentaux de la prothèse orthopédique du membre inférieur

D’après l’étude des membres artificiels-types confectionnés dans les ateliers de prothèses du Service de Santé de l’Armée Belge à Rouen

Georges Hendrix

Médecin de bataillon, chargé du service de prothèses dans l’armée Belge, Chef du service d’orthopédie à  « la Policlinique de Bruxelles »   Rapport présenté à M. le Docteur L. Melis Inspecteur général du service de santé Belge, le 1er avril 1916

L’atelier des prothèses belge de Rouen a été organisé sous l’autorité du service de santé, grâce aux encouragements du Directeur du Service de Santé à Rouen, Mr le Médecin général Deltenre. Cet atelier a d’abord été installé dans les locaux de l’école professionnelle, rue Saint-Lô, mis très gracieusement à la disposition des autorités militaires belge par les autorités civiles de cette ville. Les fonds nécessaires à la fabrication des appareils de prothèse ont été recueillis par Mme Haemers, épouse du Consul Belges à Rouen, femme d’un grand cœur dont l’infatigable dévouement permet de subvenir à l’achat de toutes les matières premières.

Dans ce but, a été fondé, sous la présidence d’honneur du Lieutenant général chevalier  de Sellier de Moranville, Inspecteur général de l’armée, l’œuvre des mutilés de la guerre, dont Mme Haemers est la gracieuse présidente. Actuellement, l’atelier de prothèse fonctionne dans les bâtiments dits « dépôts des tramways », à Bonsecours lès Rouen, où a été transporté l’outillage généreusement prêté par la ville de Rouen.

L’atelier est rattaché à l’hôpital militaire Belge de Bonsecours, institut de physiothérapie, que dirige Mr le médecin de régiment A. de Marneffe. Je lui adresse l’expression de mes plus vifs remerciements pour les conseils avisés qu’il n’a cessé de me prodiguer.

Les ateliers de prothèses du Service de santé des armées belges, à Rouen, fonctionnent depuis mai 1915 environ. Ils occupent près de 80 ouvriers, mécaniciens, ajusteurs, modeleurs en bois, menuisiers, charpentiers, sabotiers, etc., pris parmi des soldats blessés reconnus inaptes. Ces ouvriers comme le reste du personnel d’ailleurs, n’étaient pas des ouvriers orthopédistes avant la guerre ; ils ont été formés, depuis cette époque, à l’art de la prothèse, dans les ateliers de l’Etat. Parmi eux, certains ont acquis des connaissances qui leur permettent de prendre rang parmi les ouvriers spécialistes les plus capables. D’ouvriers spécialistes, on n’en comptait guère, en Belgique avant les hostilités. Les principales maisons de fabrication d’appareils étaient allemandes et avaient à leur solde des individus de cette nationalité.

C’est donc pour faire œuvre utile pour l’avenir, que de former des ouvriers spécialistes, afin de développer dans notre pays, un jour reconquis, une industrie rendue d’autant plus importante, que la guerre aura fait par ses ravages plus d’impotents et de mutilés.

Nous avons donc visé à fabriquer des appareils robustes, utiles, simples et perfectionnés. Ce résultat n’a été obtenu que par étapes, grâce à une expérience acquise par la pratique. Aussi, est-ce à tâtons que nous avons débuté. A diverses reprises, nous avons dû revenir sur des erreurs ;  par contre, nous avons parfois crée des perfectionnements. Nous avons étayé nos travaux sur l’expérience et, livrés à nous-mêmes, l’expérience surtout nous a inspiré.

A part les publications « réclames » des maisons de commerce, la littérature scientifique traitant de l’art de la prothèse, sur lesquels nous aurions pu guider nos travaux, est presque nulle. Pourtant, s’il est une question, restée trop longtemps dans le domaine commercial, bien qu’elle soit basée sur de rigoureuses données scientifiques, et nécessitant des connaissances médicales bien définies, c’est bien la question des prothèses ?

D’autres avant nous, certes, ont dû mettre ces principes en valeur ; ils les ont appliqués, mais ils semblent avoir tenu à cœur de conserver le fruit de leur expérience pour un avantage commercial.

La grande guerre actuelle vient de stimuler l’intérêt de cet art. Aussi, en arrière de toutes les armées, a-t-on nommé des commissions médicales, ouvert des laboratoires d’études de la prothèse, multiplié les ateliers d’orthopédie. On s’applique, avec beaucoup d’activité et sous l’autorité de certains noms appartenant aux milieux médicaux, à établir des bases scientifiques pour l’étude d’appareils rationnels et réellement pratiques. Jusqu’à présent ceux-ci avaient été laissés à l’initiative d’industriels possédant peut-être beaucoup d’acquis, mais dont les idées, certes très louables et parfois très originales, manquaient de bases scientifiques. Le service de santé de l’armée belge s’est trouvé dans les mêmes nécessités et s’est senti les mêmes obligations que les autres nations.

Il a su s’orienter parmi les premiers et il a su s’organiser. Pour ne citer qu’un exemple, relatif à la question de la confection des membres artificiels, qui occupe la première place dans la prothèse, disons qu’après avoir tenté la confection de ces appareils d’après le « Type français » nous avons reconnu qu’il existait mieux dans le « Type Américain », et c’est vers ce type que nous nous sommes orientés. Les principes ont été étudiés, puis le type a été réalisé. Aussi, les membres artificiels, confectionnés sous l’autorité du service de santé belge, sont-ils parmi les plus perfectionnés. Certains modèles, dérivant du « Type Américain » et créés dans le laboratoire d’études, peuvent réellement être considérés comme originaux.

       L’atelier de prothèse belge fait donc œuvre à la fois de production et d’étude. Ainsi se prépare aussi une industrie nouvelle, nationale, qui pourrait devenir florissante dans un avenir prochain.

 

 

Les « nurses anglaises » de l’hôpital de Bonsecours

Des infirmières de nationalité anglaise, 30 à 40 en moyenne et dont le nombre atteignit 56 à la période des dernières offensives, pendant laquelle les sections de chirurgie ont dû être doublées, comptant, à un moment donné, jusqu’à 40 pavillons de grands blessés alités, sous la direction d’une matrone Miss Thompson, ont desservi les formations de Rouen et de Bonsecours, depuis la création de l’Anglo-belge jusqu’au 30 mai 1919.

Elles étaient affectées exclusivement aux pavillons de chirurgie, aux salles d’opérations et de pansements et à quelques services de physiothérapie.

Les détachements d’Aide Volontaires (VADS) ont été formés en 1909 par la Croix-Rouge britannique et l’Ordre de St John à la demande du Bureau de Guerre. Leur but initial était de soutenir les services médicaux territoriaux en temps de guerre mais on a rapidement compris que les détachements pourraient jouer un rôle important en temps de paix en soutenant les services des officiels

Les membres des VADS travaillant dans les services de soins d’un hôpital étaient désignées sous le nom de « nurses » si elles n’étaient pas diplômées, mais stagiaires. Les infirmières diplômées étaient appelées « sister » ou « matron » en fonction de leur rang.

Nurse Hôpital de Bonsecours

Nurse avec la Princesse Mary et les cadres des VADS

Sister Amy Judson. Nurse engagée dans les VADS du Cumberland le 10/06/1916

Nurse Frieda Stepenson. Elle servit Cumberland Infirmary, carlisle, à l’Alliance Hospital d’Yvetot, au Pilkington Special Hospital, St Helens et à Bonsecours. Titulaire de plusieurs décorations anglaises et belges
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L’Hôpital Militaire Belge de Bonsecours

Le site de la côte Sainte Catherine en 1910

A cette époque le sommet de la côte Sainte Catherine était occupé par un champ de course. Il existait cependant un projet important de constructions.

L’Hôpital Militaire Belge de Bonsecours

(le texte entre guillemets est du Docteur Wilmaers 1919)

« Inauguré le 2 juin 1916, a été érigé à 2 kilomètres au Sud-est de Rouen, au sommet de  la colline Blosseville – Bonsecours, sur le plateau des Aigles, à une altitude de 140 mètres, d’où l’on découvre le magnifique panorama de Rouen, et de la vallée environnante de la seine que l’on domine presque à pic. La superficie totale occupée par l’hôpital était d’environ 10 hectares. L’air pur et vif contribuait largement à rendre cette formation particulièrement salubre »

Vue de l’hôpital surplombant Rouen

Carte écrite par une infirmière anglaise de l’hôpital de Bonsecours

«  Lors de l’inauguration, l’hôpital occupait 69 pavillons d’un type uniforme, constitué  par  les lazarets de campagne du service technique du Génie Belge, semblables à ceux que nous venons d’installer à Woluwe, et avait une capacité hospitalière de 1150 lits.

Ultérieurement par suite de l’affluence des blessés, de nouveaux lazarets furent élevés  ainsi que 11 grandes constructions en dur, et la capacité hospitalière fut portée à 1600 lits en régime ordinaire et à 1800 en régime serré. De plus, les ateliers de mécano, d’électrothérapie et de prothèse furent installés dans les locaux dits « dépôt des tramways » situés sur la route de Paris, dans le voisinage de l’hôpital ».

L’hôpital de Bonsecours constituait une agglomération importante.

A côté des 44 pavillons d’hospitalisation de 28 mètres de longueur formant un premier groupe à droite et à gauche d’une allée centrale, entrecoupé d’un jardin de 17 mètres de largeur, un second groupe de 3 lignes parallèles, perpendiculaires au premier, se trouvaient les pavillons réservés aux traitements physiothérapiques et aux salles d’opérations et de pansements, réunis à l’entrée et à droite de cette allée centrale.

La rééducation par le travail dont les locaux furent élevés en dehors de l’hôpital près de l’entrée, se trouvait dans le voisinage de la plaine des sports. »

« Les réfectoires au nombre de cinq formaient une ceinture au nord-est des lazarets hospitaliers, entre ceux-ci et les cuisines.

Les logements du personnel subalterne occupaient la lisière du sud-ouest de l’hôpital »

Bonsecours – Hôpital militaire belge (carte postale, dessin de E. Bossaerts)

Bonsecours – Hôpital militaire belge (carte postale, dessin de E. Bossaerts)
« Les logements des officiers, des médecins gymnastes, des infirmières, les différents mess et services généraux se trouvaient réunis à droite et à gauche de l’allée d’entrée, et à la périphérie nord-est de la formation».

Je n’énumèrerai pas tous ces services communs à tous les hôpitaux, mais qui dans notre formation de Bonsecours avaient nécessairement une importance considérable pour satisfaire aux nécessités d’une population dont le chiffre a dépassé plus d’une fois 2000 hommes notamment lors des dernières offensives». (le texte entre guillemets est du Docteur Wilmaers 1919)

Les Sections hospitalières

L’hôpital de Bonsecours était divisé en cinq sections de 300 à 350 lits environ. Deux d’entre elles étaient spécialement affectées au service de la chirurgie, les autres logeaient indifféremment les blessés du ressort exclusif de la physiothérapie, groupant autant que possible dans des pavillons distincts les amputés, les lésions nerveuses, articulaires, osseuses, cicatricielles, etc.

Indépendamment d’une infirmerie centrale d’hôpital où étaient soignés les malades de l’établissement et de la garnison qui ne pouvaient être évacués sur un hôpital voisin spécialement réservé aux fiévreux, il existait des infirmerie de section où étaient groupés les hommes de la section devant rester alités ou faire l’objet d’une observation particulièrement attentive.

Enfin des pavillons spéciaux, dépendant administrativement de l’une ou de l’autre section, étaient réservés, deux ou trois suivant les nécessités du moment, aux officiers, un aux vénériens dont l’évacuation momentanée présentait trop d’inconvénients pour la cure physiothérapique entreprise, et un aux contagieux toujours à prévoir dans une population aussi dense que celle de Bonsecours.

Le pavillon des contagieux :

Subdivisé lui-même en six logements distincts, permettait de séparer et de grouper les différentes affections contagieuses : grippe, fièvre typhoïde, méningite cérébro-spinale, scarlatine, etc.

A la tête de chacune de ces sections se trouvait un médecin chef de service avec un personnel distinct et qui était responsable vis-à-vis de la Direction de la bonne marche de tous les services.

Des infirmières de nationalité anglaise, dont je ne pourrais assez faire l’éloge, 30 à 40 en moyenne et dont le nombre atteignit 56 à la période des dernières offensives, pendant laquelle nos sections de chirurgie ont dû être doublées, comptant, à un moment donné, jusqu’à 40 pavillons de grands blessés alités, sous la direction d’une matrone Miss Thompson, ont desservi  les formations de Rouen et de Bonsecours, depuis la création de l’Anglo-belge jusqu’au 30 mai 1919. Ces dames étaient affectées exclusivement aux pavillons de chirurgie, aux salles d’opérations et de pansements et à quelques services de physiothérapie.

Services spéciaux :

Les services spéciaux comprenaient l’institut de physiothérapie proprement dit, les services de chirurgie, les ateliers de prothèse et d’orthopédie auxquels étaient annexés ceux de la mécanothérapie et de l’électrothérapie, les services d’ophtalmologie, d’oto-rhino-laryngologie, de stomatologie et le laboratoire des recherches cliniques.

L’institut physiothérapique proprement dit, comportait différentes sections :

La gymnastique médicale. – Cette partie importante de la physiothérapie a pour but de réaliser pratiquement et médicalement, sans avoir recours à des appareils mécaniques, certains mouvements bien définis, appliqués avec discernement et méthode aux organes moteurs insuffisants. Elle comprend : le massage, la kinésithérapie manuelle, la rééducation motrice individuelle et collective, les mensurations de contrôle. Ce service a sous sa dépendance la gymnastique pédagogique, les jeux et les sports.

Cette gymnastique est une spécialité extrêmement délicate et elle exige, pour donner de bons résultats, le concours d’un personnel médical d’élite nombreux, possédant l’instruction et la compétence désirables si l’on veut éviter des accidents et des déboires. Ces conditions ont été réalisées à Bonsecours par le concours de douze médecins gymnastes diplômées de l’Institut Central et Royal de Stockholm sous les directions successives de Miss Loveday et de Miss Alund. Ces dames dont plusieurs nous ont accompagnés à Woluwe et nous continuent leur service, ont droit aussi à toute notre reconnaissance ;

La section de gymnastique médicale disposait d’un pavillon bien aménagé et d’un matériel presque entièrement construit dans les ateliers de l’hôpital : plints bas, hauts ; tables de massages, tabourets, bommes, cadres, espaliers, tracé de rééducation de la marche de Franckel, escaliers etc., instruments de mensuration, toise bascule, chaise à vis pour scoliose, dynamomètre goniomètre, etc.250 sujets environ passaient journellement en traitement pour 4 à 500 malades traités dans ce service au courant d’un mois, avec 5 à 6000 séances ou même d’avantage, chaque séance durant une moyenne de 20 minutes. Et dans ces chiffres ne sont pas comprises les séances de rééducation motrice individuelle, c’est-à-dire de réadaptation des muscles, des segments, voire même d’appareils entiers à leur fonctionnement normal pour l’exécution de mouvements actifs bien déterminés et incités par le gymnaste ou des installations telles que les cadres, les tracés de Franckel, les escaliers etc. Cette rééducation motrice individuelle est étroitement liée à la gymnastique médicale dont elle est le complément.

A côté de la rééducation motrice individuelle, il existait un cours de rééducation motrice collective, qui est la base du traitement des amputés appareillés et en général de tous les mutilés appareillés. Ce cours est complété par des promenades d’entraînement et se terminaient par les jeux et les sports et spécialement le football très goûté de nos amputés.

La rééducation motrice dans beaucoup de cas sert de transition à la gymnastique pédagogique.

La gymnastique pédagogique était appliquée à tous nos blessés qui étaient en état de la pratiquer. Ceux-ci répartis en catégories dont les impotences fonctionnelles semblables permettaient de les grouper en cours : blessés des membres inférieurs, des membres supérieurs, des membres amputés, etc.

Deux salles étaient réservées à la gymnastique pédagogique, dont l’une était spécialement construite et aménagée pour les exercices. Des moniteurs, professeurs de gymnastique, étaient spécialement chargés de ces cours.

Enfin une plaine de jeux avec portique, où ce trouvaient différents engins, était aménagée dans un terrain voisin de l’entrée de l’hôpital. Par les beaux temps la rééducation collective se donnait en plein air. Elle était complétée par les jeux organisés et les sports.

Les médecins belges de l’hôpital belge de Bonsecours en 1919

L’hôpital vu dans la presse rouennaise

Samedi 29 juillet 1916
Journal de Rouen

A l’hôpital militaire Belge de Blosseville- Bonsecours
Institut de physiothérapie

Au début du mois de Novembre dernier, les autorités militaires belges décidaient de construire un grand hôpital militaire qui servit d’institut de physiothérapie. Des recherches furent aussitôt effectuées pour trouver le terrain et Mr Pinel qui avait bien voulu s’occuper de cette affaire, jeta son choix sur le terrain où était autrefois le champ de courses .Mr Devaux, s’empressa de le  mettre à la disposition des autorités belges.

On ne pouvait mieux trouver que ce terrain admirablement placé sur le plateau des aigles.

4 janvier 1917
Journal de Rouen

A l’hôpital militaire Belge

Le lundi 25 décembre, à l’occasion de la Noël, une grande fête a eu lieu à l’hôpital Belge, organisée par Monsieur l’ Aumônier GEMOETS et les sections dramatique et musicale de l’hôpital.

Le matin à 10 heures, brasserie concert par l’orchestre avec le concours de MM CALLS et BAGOERTS. Un superbe arbre de Noël avait été somptueusement garni par les médecins gymnastes et les infirmières anglaises attachées à l’hôpital. Grâce à la grande générosité de ces dames, il a été permis de donner à chaque blessé un magnifique présent à la tombola de l’après midi.

Le soir à  six heures, il y avait foule à la grande séance dramatique et musicale que présidait le Commandant DE MARNEFFE, médecin directeur, entouré des colonels DELTENSE et DALNE, Mesdames, les médecins gymnastes, Mesdames les infirmières et les officiers.

Pendant la brillante ouverture par l’orchestre, sous la direction du sympathique M DE STOBBELAERS, les infirmières distribuaient des cigarettes et des friandises à profusion à la grande joie de nos chers blessés.

  1. CORNEILIS et BOSSAERT fournirent d’excellents intermèdes «Théodore cherche des allumettes  » saynète de G COURTELINE, fut très bien interprétée par MM. CORNEILIS et GHION. Une petite scène de kermesse flamande composée par M. DE STOBBELAERS et chantée par l’auteur et M. WASSENBERGE eut un succès fou. Il en a été de même pour la pièce flamande « KOLONEL POERPOT  » . Un bon colonel ce petit caporal Van Den Abech.

Enfin, «  quand on conspire  » comédie d’Antony Mars fut brillamment jouée par mm  MOVIES, TEIRLINCK et CALLS.

Les décors artistiquement brossés par MM. DE VUYST et HERNAUT firent l’admiration de tous. Ce fut un jour de bonheur et de joie. Aussi tous débordés de reconnaissance pour ceux qui avaient contribué à la bonne réussite de la fête de Noël qui fut un rayon de soleil dans la grande famille des blessés de BONSECOURS, nous leur disons merci.

6 mars 1917
journal de Rouen

Suite à un incendie

Liste du matériel de lutte contre l’incendie

6 octobre 1917
journal de Rouen

Matinée de bienfaisance

Le dimanche 14 octobre, à deux heures et demie, au casino, grande fête dramatique et musicale organisée par les mutilés de l’hôpital militaire Belge au profit des veuves, orphelins et prisonniers de guerre de la commune de Mesnil Esnard.

Prix des places  ; premières 3F, secondes 2F et troisièmes 1F

 

4 décembre 1917
journal de Rouen

Fêtes de la Saint ELOI

Samedi, les soldats belges au nombre d’une centaine cantonnés à l’atelier de mécanothérapie à Bonsecours ont organisé, en l’honneur de la saint Eloi, une fête au restaurant SINOQUET à Bonsecours sous la présidence du médecin chef de l’hôpital. Après le dîner, quelques artistes se sont fait entendre et ont fait la joie de leurs camarades.

 

22 décembre 1917
journal de Rouen

A l’hôpital militaire Belge  on nous écrit  :

La dernière quinzaine a été bien remplie à l’H.M.B de Bonsecours. Les séances cinématographiques du mercredi et du vendredi ont régulièrement eut lieu et de plus les hommes ont eu le bonheur de pouvoir assister à deux belles fêtes théâtrales qui ont superbement réussi grâce au travail des braves poilus qui constituent les sections dramatique et musicale sous l’intelligente direction du brancardier DE STOBBELAERE, qui de plus ont reçu les meilleurs encouragements de leur nouveau directeur le Lieutenant Colonel WILMAVES.

La première de ces fêtes a eu lieu le jeudi 13 courant et consistait en une fête dramatique et musicale par la deuxième phalange. Les exécutants furent félicités de leur réussite. Les sections dramatiques interprétaient avec leur brio habituel le charmant drame de BOIREL «  Le poignard » et une pièce charmante « Kolonel POERPOT » qui eut un succès fou. Quelques intermèdes présentés par M de ROBEELAERE, GALLS, GHION et BLEREAU complétaient dignement cette soirée.

Samedi 15 courant, la troupe LIBEAU est venue donner, devant un public énorme, «   ZONNERLAG et Cie  ».

On vit bien à la figure de nos braves poilus dont la plupart sont des mutilés quel plaisir ils trouvèrent à entendre un peu parler, comme là-bas, au pays. Des fleurs furent offertes aux dames qui, dans un geste touchant, transformèrent les lits des blessés couchés en autant de parterres de fleurs. Dans une belle improvisation le colonel remercia la troupe qui se dévoue tant pour nos chers blessés et Mr LIBEAU promit de revenir dans les plus brefs délais.

Comme on peut le constater, on ne chôme pas à l’H.M.B. de BONSECOURS et l’on prépare pour Noël de nouvelles festivités.

 

3 janvier 1918
Journal de Rouen

A l’hôpital militaire Belge on nous écrit :

Les fêtes de Noël ont été bien fêtées à l’H.M.B. de Bonsecours. Le matin l’harmonie a donné un beau concert dans la salle des fêtes. Dans l’après-midi, un thé fut offert à tous les malades alités qui reçurent chacun outre un beau cadeau dû au dévouement de Mme LEBEL, vice présidente du comité du Dernier Devoir. A six heures, la section dramatique joue « la paix chez soi » de G. Courteline avec le succès habituel. Les soldats WURTMANS, violoniste et FASSATTI, monologuiste, présentèrent des intermèdes très goûtés.

Le clou de la fête furent des danses écossaises dansées par les infirmières et des danses suédoises exécutées par Mmes les Médecins gymnastes, tout dans le costume du pays. Leur succès fut très grand et la soirée se termina sur une allocation du médecin directeur qui encourage toujours l’organisation de ces fêtes. Pendant la fête une tombola avec de nombreux prix avait lieu.

Le jeudi 27 décembre M. PIERRARD, de l’œuvre Belge, est venu donner une  conférence sur l’armée belge avec de vieilles chansons populaires. Ces vieux airs furent applaudis de tous les cœurs dans l’exécution de ces chansons qui rappelaient tant le pays.

 

29 avril 1918
Journal de Rouen

A l’hôpital militaire Belge on nous écrit  :

Brillante matinée

Une matinée artistique fort intéressante a été donnée dans la salle des fêtes de l’hôpital militaire Belge de Bonsecours avec le précieux concours de l’excellente troupe LIBEAU. Ce local spacieux, paré de drapeaux et de guirlandes était presque comble. Remarqué la présence de M. le Lieutenant Général Chevalier SELLIERS de MORANVILLE, de M. le Colonel WILMAERS Directeur de l’hôpital, de M. le Secrétaire DUFRASNE, FRIART, M. le Député RAMAEKERS. A côté du Théâtre de l’Armée, composé uniquement de soldats, viennent occasionnellement des troupes de comédiens et saltimbanques professionnels comme le Théâtre belge du Front, aussi appelé Troupe Libeau du surnom donné au couple qui la dirige : Gustave et Valentine Libeau. La Troupe Libeau Au centre de la photographie, le couple de comédiens Gustave et Valentine Libion aux commandes de cette troupe itinérante, 1915.

La troupe Libeau (Musée royal de l’Armée et d’Histoire militaire,

N° Inv.KLM-MRA : B-1-186-146-33©)

La troupe Libeau (Musée royal de l’Armée et d’Histoire militaire, N° Inv. KLM-MRA : B-1-186-146-33©)
 

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