background image

31 Le peintre Alfred Bastien (1873-1955)

Hospitalisé au couvent

Alfred  Bastien  est  déjà  en  1914  un  artiste  renommé.  En  1911,  sous  l'impulsion  du  roi  Albert  I,  et  avec  Paul  Mathieu,  il  réalise  un  Panorama  du  Congo  qui

figurera à l’exposition universelle de Gand en 1913 et aura un grand succès.
En 1914,Il s'engage comme volontaire au premier bataillon de la Garde civique de Bruxelles, et sera démobilisé le 8 octobre 1914. Il reste en Belgique occupée
mais en Novembre 15, il passe clandestinement en Hollande, puis l'Angleterre et enfin la France.Il se rengage comme volontaire de guerre le 17 septembre
1915.

Le 18 novembre 1915 :
« Sur la route entre Furnes et Nieuport. Pour éviter une troupe en relève, lignards fatigués, à qui je pardonne les injures qu'on crie à un motocycliste, je dérape
dans la boue, passe au dessus du fossé comme un colis bien lancé, et j’échoue dans la vase et le gravier sur ma figure.

Mon bras gauche que j'avais étendu dans ma chute, me fait si mal que je me suis évanoui. J'ai pourtant vu passer une voiture, un de ses cabriolet de Flandre,
avec un curé. J'ai appelé, on m'a laissé là, aux soins de l'armée sans doute. Fâcheusement méprisé par le clergé de la Flandre.Comme je saignais un peu du
visage, il a cru que j'avais la gueule cassée. C'était si honorable, déjà en 1915… »
« Le visage n'avait rien. Mais la tête de l'humérus, dans l'épaule gauche, avait été ce que les docteurs disent luxée, passée entre l'alvéole de l’omoplate et la

clavicule. Mon épaule était en bouillie à l'intérieur, sans plaie apparente.
On me met dans un fourgon postal, sur des sacs de lettres, et ouste vers l'ambulance d'Adinkerke (dans le Westhoek, près de la frontière française, à trois
kilomètres de la côte, sur le canal

Dunkerque

-

Nieuwpoort

). Toutes mes supplications pour être porté chez Depage, à La Panne à 2 km de la fûrent vaines. Le

docteur Drousy (qui m'a réclamé récemment un petit tableau en souvenir de ce service...) m'a réduit cette luxation. C'est-à-dire qu'à trois hommes, on a tiré sur

mon bras gauche après avoir coupé à travers tous mes vêtements, toutes les manches de ce bras gauche.Tiré, tiré, si bien que les os reprirent leur place dans
la bouillie des ligaments déchirés. On a ficelé mon bras nu sur un brancard,et en route vers Dunkerque. Défense de me lever.
On me glisse dans un train. Il tombe de la neige fondue. Je suis expédié sans but, détourné à un hôpital de l'arrière. En route on jette des bombes d'avion qui
ratent notre train. Je vois les camps de prisonniers boches. L'un d'eux lance une pomme dans la vitre de ma fenêtre qui vole en éclats et j'ai le temps de voir ses

horribles gueules, non rasées, rigoler de cette fine blague. Le train roule. Un autre camp. Mais ce ne sont pas là des prisonniers ceux-la ce sont des coolies
chinois, qui travaillent pour l'armée anglaise... Mais ils ne peuvent pas se mêler aux populations. »
 « On me refuse à Adinkerke, à Calais, partout. Et je comprends, on me refuse puisque ma feuille de blessé ne porte pas de nom de l'hôpital ! Je passe partout

la côte. Par Rouen Paris, et finalement on me sort du train, où je meurs de froid et de faim, à Dinard, ille et Vilaine! Le train n'allait pas plus loin.... »
 Alfred Bastien sera opéré puis hospitalisé à l’hôpital du casino de Dinard durant un mois puis transféré vers Rouen et Saint Aubin Les Elbeuf où il restera quatre
mois.Il retournera au front en avril 1916.

 

St Aubin gravure d'une messe militaire belge dans la chapelle du couvent de Saint Aubin Jouxte Bouleng
 réalisée par Bastien et dédicacée à l' infirmière Amy Judson :
« Souvenir reconnaissant d'un soldat belge blessé à notre très dévouée Sister Judson.
 2 avril 1916   Hôpital anglo-belge de France ».

.. 

« Pitié mon Dieu.
 Vous êtes notre père                
A vos genoux vos enfants sont en pleurs

 Protégez nous tout le temps de la guerre      

Que nos soldats soient toujours les vainqueurs »

        

                                      

« Le moment suprême »
« La messe militaire à l'hôpital Anglo Belge de St Aubin 

Tous les dimanches dans la chapelle du couvent du Sacré Coeur,
où les blessés belges sont soignés, la messe est célébrée par

l’aumônier militaire. A la consécration, le clairon sonne aux
champs et la messe est terminée par le chant national : la

Brabançonne. »